Toute traduction est un "presque". La fidélité parfaite n existe pas et la réversibilité totale est un miroir aux alouettes. En fait, toute traduction est une négociation : on perd quelque chose pour gagner sur un autre plan. Mais il s agit toujours de faire comprendre le sens profond autant que le sens littéral, c est-à-dire faire saisir dans le texte d arrivée l essentiel des "intentions du texte" avant les "intentions de l auteur", y compris les plus difficiles à rendre : les effets esthétiques.
Ce n est pas en théoricien qu Umberto Eco nous livre toutes ces réflexions, mais en praticien soucieux de pédagogie, volontiers vulgarisateur sans pour autant être réducteur. On trouve donc de très nombreux exemples empruntés aux langues qu il pratique, c est-à-dire l italien, l anglais, le francais, l allemand, l espagnol et le latin. Il n oublie évidemment pas ses propres traductions, ni les traductions de ses romans et encore moins leurs adaptations au cinéma. Il se réfère aussi aux grands noms de la linguistique et de la traduction sans tomber cependant dans le pédantisme de l érudition. Ce n est donc pas un livre pour les spécialistes mais pour les amateurs désireux de comprendre comment on passe non seulement d une langue à une autre, comment on chemine d une culture à une autre, mais aussi comment on passe d un média à un autre quand on adapte un roman au cinéma ou qu un chorégraphe crée un ballet sur la musique d un compositeur.
Excellente introduction pour tout curieux de la chose traduite, adaptée, interprétée ou transposée.