Assez étonnamment baptisé punk à ses tous débuts, le quatuor américain, originaire de Baltimore, passe, à l’occasion de ce quatrième album et de ses huit années d’existence, dans la cour des grands, par le biais d’une signature contractuelle avec un label majeur, qui lui garantit
in petto une exposition internationale.
L’exercice a donc nécessité la contribution de pas moins de trois co-producteurs, et impliqué une évolution esthétique qui devrait leur garantir d’échapper à l’infamante étiquette de bubblegum rock music, qui leur pend au nez depuis leurs tous premiers succès : ici, on n’hésite pas à épandre le champagne à l’instar de l’arrivée d’un grand prix de Formule 1, comme de vrais rebelles encravatés, et là, le chant d’Alex Gaskarth, définitivement patron de l’entreprise, apparaît comme moins assuré et péremptoire, et les guitares bouillonnent d’inflexions causées par la technologie de studio, et si cela ne révolutionne pas la face du monde libre, cela offre tout du moins au combo une panoplie renouvelée en matière de sonorités et rythmes.
Grâce à certaines chansons (dont la très mélodique « Guts », illuminée de chœurs en chantilly immaculée), ATL démontre que, pour peu qu’on conserve le regard rivé sur la tension inhérente à tout refrain de power pop, on peut risquer de frôler la maturité sans pour autant perdre la fièvre adolescente. Mais le groupe n’évite malheureusement pas à tout coup les chausse-trappes de chansons produites à l’excès, grasses, et au dynamisme surjoué. Ainsi de « Time Bomb » qui, malgré une certaine richesse mélodique, des guitares matoises et des synthétiseurs futés, finit par tourner à vide, ou de « Just The Way I’m Not », dont la seule vertu semble d’avoir été conçu dans le propos assez putassier de faire trépigner les foules, lors de quelques considérables prestations publiques, et ce même si l’on ne peut s’empêcher d’éprouver une tendresse récurrente pour des jeunes gens qui éprouvent pareille fascination pour les refrains gloutons.
Dirty Work reste un album évolutif et roboratif. Toutefois, le malaise demeure : à force de vouloir battre sur leur terrain, et Green Day, et Blink 182, All Time Low prend le risque de s’aliéner ses fans canal historique, sans pour autant conquérir les nouveaux marchés espérés. Mais cela, seule la sanction des tiroirs-caisses le déterminera avec exactitude.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story