Dès le départ, le contexte semble voué à la rigolade : une société privée, la MNU, envoie l'un de ses fonctionnaires, pas très fûté mais zêlé (un "connard" d'après le réalisateur) dans une zone à risque, un ghetto, pour faire signer des demandes d'expulsion à des Aliens devenus indésirables, afin de les parquer dans une autre zone, un autre ghetto, mais plus facilement contrôlable...
Si l'on ajoute que ces aliens sont de grandes bêtes ("crevettes" d'après les uns, "abeilles" d'après les autres)avec d'horribles têtes à mandibules qui vivent dans un immense dépotoir où ils cohabitent avec des mercenaires très peu reluisants, on pourra encore signaler que leur vaisseau spatial est resté scotché au-dessus du bidonville comme une menace permanente.
Neill Blomkamp relève le défi pendant plus d'une heure trente en accumulant les références sans jamais accabler le spectateur. Il utilise toutes les données techniques et visuelles que les autres ont utilisées avant lui en les rassemblant dans le cadre de son récit : hologrammes, bestioles, camps de concentration, racisme et xénophobie, manipulations génétiques, vaudou, trafic d'armes, explosions, images chiadées, caméra au poing, couleurs truquées, courses poursuites, etc, etc... avec un acteur hallucinant (Sharlto Copley) qui ne quitte pratiquement jamais l'écran et nous tient en haleine jusqu'au bout, par son charisme mais aussi par son incroyable aventure qui le conduira à se surpasser et à aller jusqu'au bout de lui-même.
Comme Tarantino avant lui, Blomkamp est un génie. Il faut espérer maintenant qu'il ne perdra pas son originalité au contact d'Hollywood et de sa machine à fric.... A suivre, donc.