Ce livre de Matthias Küntzel, remarquablement préfacé par Pierre-André Taguieff, analyse le rôle de la confrérie des Frères musulmans, créée en 1928 en Egypte, dans la construction de l'islamisme en général et de son aile terroriste en particulier. En examinant les parcours biographiques de quelques personnages tels que Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, Haj Amin al-Husseini, le Grand Mufti de Jérusalem, Cheikh Ahmed Yassine, autorité religieuse du Hamas, Oussama Ben Laden, mais aussi le leader de l'OLP Yasser Arafat, il montre la source d'inspiration qu'a constitué la rhétorique des Frères musulmans auprès d'une frange significative de l'islam. Surtout, il étaye l'idée que la « haine des Juifs » est bien antérieure à la création de l'État d'Israël, qu'elle est inhérente au fonds idéologique de la confrérie dès ses débuts. À cet égard, les connexions avec l'Allemagne nazie ne sont pas les aspects les moins troublants de cette histoire - même si c'est bien le Grand Mufti de Jérusalem qui détient la palme de la parfaite entente avec le régime nazi.
Cependant, au terme de cet ouvrage, on se demande pourquoi, en des temps où l'on pourrait s'affranchir de l'obscurantisme, une religion peut susciter un tel extrémisme, car quoi qu'on puisse en dire, il y a bien une spécificité de l'islam radical face aux autres intégrismes religieux. Comment, au nom d'une religion, des individus peuvent-ils choisir de tuer des innocents en se faisant exploser eux-mêmes ? Comment peuvent-ils répandre un slogan aussi effrayant que « vous aimez la vie, nous aimons la mort » ? N'est-ce pas le coeur de l'islam qu'il convient d'interroger ? N'y a-t-il pas dans la source même de cette religion, le Coran et l'éclosion guerrière de l'islam au VIIe siècle, la meilleure justification de l'extrémisme religieux et sa forme si singulière qu'est le djihad. Les successeurs d'Hassan al-Banna ne peuvent-ils pas se contenter de reprendre quantité de passages du Coran pour justifier leur délire de haine : « Tuez-les partout où vous les trouverez, et chassez-les d'où ils vous auront chassés » (2, 187), « Je punirai les infidèles d'un châtiment cruel dans ce monde et dans l'autre. Ils ne trouveront nulle part de secours » (3, 49), « Combattez-les, afin que Dieu les châtie par vos mains et les couvre d'opprobre » (9, 14), etc. ? Ni Küntzel ni Taguieff ne paraissent reconnaître la responsabilité de l'islam lui-même dans l'islamisme, eux qui adhèrent plutôt à la conception d'un « islam modéré » face à un « islam radical ». La question toutefois mérite urgemment d'être posée, mais sans doute faudrait-il un autre livre pour y répondre...