Le hasard fait bien les choses. Etant complètement hermétique à l'univers de la science fiction, c'est au hasard d'un cadeau d'anniversaire que je découvre l'univers de
Blade Runner - Coffret ultimate Edition en 5 DVD et par extension celui de Philip K Dick.
Etant simplement allergique au cinéma de Ridley Scott, j'avoue n'avoir jamais pu aller jusqu'au bout du film culte qui compte je ne sais plus combien de versions différentes.
Bref ! L'objectif de ce comic publié en trois parties est de transcrire mot pour mot la prose de Dick, sans faire l'impasse sur les nombreux détails éludés par le film.
Dans un futur proche, après une guerre nucléaire ayant éradiqué une partie de l'humanité, les nantis partent vivre sur des colonies martiennes tandis que les impurs restent sur terre. Des androïdes sont développés pour servir les hommes jusqu'à ce que certains se révoltent et souhaitent vivre anonymement. Pourront-ils rester indétectables sachant que la révolte est passible de peine de mort ?
A côté donc de la chasse aux cyborgs qui constituaient la trame du film, ce volume fait donc la part belle à la prose paranoïaque de Dick. Quasiment aucune action donc , mais une description chirurgicale d'un monde décimé où l'empathie envers son prochain serait obligatoire pour être qualifié d'humain , de la construction d'une nouvelle religion virtuelle , de simulateurs d'émotions réglables à tout moment de la journée et surtout de l'existence d'un argus où les citoyens peuvent se procurer le prix sur le marché d'animaux de compagnie .
En effet, dans cet univers désespéré le nec plus ultra est de pouvoir se payer un chat, une autruche, un hibou , bref , n'importe quoi ayant survécu aux radiations . Les plus pauvres se contentent de clones robotisés comme le mouton électrique de Rick Deckard programmé pour simuler la maladie et la mort au terme de sa garantie.
Notre héros est un chasseur de primes qui traque sans pitié les androides dissidents. A côté de cette traque haletante où il va devoir, faute de test fiable, discerner ce qui différencie l'ombre d'un être humain d'une copie conforme mécanique , Deckard tente de sauver son couple où l'amour ne se décrète que par simulateur interposé , jalouse son voisin qui possède un cheval authentique et part à la conquête d'un animal réel .
Outre une meilleure compréhension du titre de l'oeuvre , la BD prend le temps de mettre en scène les mesquineries humaines , la vanité , la frustration et l'immense solitude des personnages.
Si j'ai été bluffé par l'écriture tout en nuance progressive de Dick, je suis moins convaincu par les dessins de Tony Parker . Celui-ci est à l'initiative de ce projet et a la terrifiante mission d'adapter un roman culte.
Son style graphique est loin d'être déplaisant, il rappelle très fortement David Finch et Steve Mc Niven qui ont oeuvré pour Marvel . Le langage corporel des femmes y est très travaillé malgré des expressions faciales figées et des hommes sans réel charisme. L'écriture de Dick est si captivante qu'on a l'impression que Parker retranscrit sans un brin d'imagination ce qui est décrit.
Il est vrai que le malheureux doit livrer un nombre de planches limitées au regard de la densité des mots de l'écrivain . Après l'esthétisme ultra léchée de Ridley Scott, la metropolis de Parker semble bien fade , souvent sans réels décors . La référence pour moi reste l'adaptation par David Mazzucheli de la
Cité de verre qui superposait à l'univers angoissant de Paul Auster un langage graphique audacieux et novateur. Ici, on sent que Parker colle à l'oeuvre de manière très scolaire.
Cette édition est très riche en bonus : outre des covers très agréables rappelant le travail de Michael Gaydos pour la série
Alias 1le lecteur peut admirer les alternatives covers du légendaire Bill Senkiewicz .
Une passionnante préface est signée par un Warren Ellis d'une étonnante sobriété .
En postface on trouvera un texte tout aussi remarquable d'Ed Brubaker . Moins sympathique ,le toujours pénible Matt Fraction qui ,comme pour son travail sur les Xmen , passe sans arrêt d'une idée à l'autre sans rien y développer . Enfin, quelques photos de Dick et une biographie succincte.
Si je n'ai pas été bluffé par le style graphique de Parker , je retrouverai avec plaisir Rick Deckard au mois de mai et juillet 2011 pour cette passionnante aventure .