Lecteur enthousiaste de Djian, fan de la série "Six feet under", j'avais accueilli le projet de Doggy Bag avec bienveillance et même enthousiasme: Djian était l'auteur français parfait pour faire ça (peut-être justement parce qu'il n'est pas très français dans son écriture). Les premiers volumes m'avaient laissé un peu sur ma faim, mais j'ai continué en me disant que les séries TV, justement, avaient elles aussi leurs mises en route difficile, leurs saisons mortes, etc.
Arrivé à la fin de ce sixième volume, j'avoue que je n'ai ressenti aucune émotion à quitter des personnages qui n'avaient depuis bien longtemps plus rien à dire. Curieusement, j'étais presque content pour Djian: au fil du texte, j'avais l'impression de pouvoir l'entendre, pestant contre lui-même de s'être embarqué dans un projet aussi gigantesque, enfilant ces catastrophes naturelles qui sont les seules à faire avancer un tant soit peu le récit (par contre, il faudrait en faire un top 5 des plus ridicules: prime à l'ours du volume 5 pour moi), replaçant les mêmes réflexions, les mêmes atermoiements chez chacun, faisant défiler des personnages purement pour la forme, un peu chacun son tour... J'espère pour lui que mon impression est fausse, mais quel manque de souffle, quelles lourdeurs dans le texte, quelle lassitude! C'est pourquoi j'ai refermé le livre avec un certain plaisir: voilà, doggy bag, c'est fini, bravo d'avoir été au bout. Maintenant, on peut mettre ça de côté et revenir à ces textes pré-doggy qui avaient été si bons (frictions, impuretés...). Vivement le premier djian post doggy bag! Libéré de ce boulet qu'il s'était lui-même accroché au pied, jetant ensuite crânement les clés au loin (je le revois sur les plateaux TV cet inconscient, un véritable ado flambeur), je suis sûr qu'il va nous faire quelque chose de très bon.