Dogora, film sans scénario, sans dialogues ni voix off, sans acteurs, est une sorte d'OVNI, du jamais vu au cinéma. Patrice Leconte ayant filmé ses vacances au Cambodge (à Phnom Penh et sa région) nous invite à regarder le résultat, pendant 1h15, sur une musique d'Etienne Perruchon. Histoire d'ajouter encore une touche d'originalité, les chants sont écrits en "Dogorien", langue inventée par le compositeur pour l'occasion. Il n'y a (presque) pas de mise en scène dans Dogora, Patrice Leconte ayant voulu filmer les gens tels qu'ils étaient. La tendresse qu'il manifeste pour ce pays se traduit par de longs plans fixes sur des visages immobiles, des paysages superbes ou des scènes anodines de la vie quotidienne. Les temples d'Angkor sont absents du film : en effet, pas plus qu'un documentaire, Dogora ne se veut être un film de touriste.
A titre personnel, je me suis beaucoup ennuyé. Les plans sont superbes, ce n'est pas la question, mais le côté impressionniste de Patrice Leconte me semble mieux exploité dans ses fictions qu'ici, où l'absence de toute histoire impose au spectateur un effort constant pour ne pas laisser filer ses pensées. Quand on organise une soirée diapos, on explique ce qu'il y a sur les photos, on ne se contente pas de mettre une musique de fond.
Un conseil aux futurs acheteurs de Dogora : lisez d'abord le livret de 36 pages qui accompagne le DVD ; vous y trouverez le journal de tournage de Patrice Leconte ainsi que les paroles des chants, ce qui est moins utile. Si vous sentez que vous décrochez du film, n'hésitez pas à écouter le commentaire du réalisateur : la voix douce, la sensibilité et la sincérité de Patrice Leconte se marient très bien avec les images en plus de vous informer sur leur contenu ; Dogora devient alors plus compréhensible, donc plus intéressant.