Avant de nous gratifier de leur magistral enregistrement de duos haendeliens avec Joyce Di Donato, Alan Curtis et Patrizia Ciofi avaient enregistré ce très beau disque Scarlatti.
Il faut, selon moi, tout d'abord saluer l'excellence de Curtis au clavecin dans les sonates. On ne cesse de nous rebattre les oreilles avec le Scarlatti du regretté Scott Ross. Scott Ross était un immense claveciniste, mais j'ai souvent trouvé que ses interprétations de Scarlatti au disque, bien qu'époustouflantes de virtuosité, étaient assez froides et mécaniques - je comprendrai qu'on me voue aux gémonies pour de tels propos. Au contraire, le jeu de Curtis me semble beaucoup plus sensible et touchant. J'éprouve le même plaisir à l'écouter qu'à écouter Horowitz.
Passons maintenant aux Lettere et aux extraits d'opéra : c'est tout aussi magnifique. Curtis est très bien. Il ne dirige pas à la serpe, comme le font tant et tant de chefs baroques. On pourrait désirer qu'il donne un peu plus de courbes à la musique, par instants, mais je ne vois pas grand chose à lui reprocher.
Côté chant, rien à redire. Ciofi est tout simplement prodigieuse. Le disque m'a, par ailleurs, fait découvrir le très beau mezzo d'Anna Bonitatibus - chanteuse à suivre, je pense.
Communion des chanteuses avec le chef, communion des chanteuses entre elles, voix parfaitement appariées. Pour les amoureux de Scarlatti, c'est un disque à posséder.