Beaucoup d'avis critiques sur cet essais (un des premiers) d'allier opéra et cinéma, autrement qu'en filmant des chanteurs sur une scène.
Tout n'est pas parfait dans ce film ... qui reste bien un opéra... Une Zerline de plus de 40 ans, ça passe sur scène, mais au cinéma, en gros plan ... Ca prête à sourire. En mode cinéma c'est même pour moi franchement gênant ( En me mettant à la place de mes connaissance qui ne connaissent pas les "codes" de l'opéra). Le commandeur quant à lui, malgré son grimage paraît trop jeune, et, le plus regrettable pour l'aspect musical, sa voix correspond insuffisamment au caractère du personnage. Elle ne parvient pas à nous faire trembler: c'est un comble! Don Juan lui tient la dragée haute. En plus, sa statue finale est (on peine à comprendre pourquoi) trop modeste. Masetto, lui, n'a de cesse de rouler des yeux et grimacer comme s'il était sur une scène à 20 mètres de nous, ce qui lui donne, à plus d'une reprise, l'air désuet (pour ne pas dire ridicule) d'une vedette égarée du cinéma muet.
Le choix architectural de Palladio, sous toutes ses formes ( Basilique de Vicence, Teatro Olimpico, Villa Rotonda, Villa Emo (Il semble notamment pour la scène de Elvira dans la galerie(?) ), nous replonge ... en pleins décors naturels d'opéra... alors que le film était sensé nous en éloigner ...
C'est évidemment superbe, j'apprécie personnellement beaucoup, mais quoi de plus 'décors' que cette architecture Italienne baroque et classique. En quelque sorte, on nous sort de l'opéra par la petite porte pour nous y ramener par la grande. C'est l'opéra dans la vie ! La boucle est bouclée. La démarche est intéressante, et semble confirmée par l'usage appuyé des perspectives faussées du Teatro Olympico qui jouent de la désorientations de tous: protagonistes (re)devenant acteurs, spectateurs dans le film et spectateurs dans la vraie vie face à la toile de cinéma.
Et avec tout cela, le plus et aussi le moins,... la sauce prend! On reste subjugué par la richesse et le rythme de l'ensemble. Don Giovanni exulte, inquiétant, féroce, jubilatoire. Le rôle porte le film. Mais il n'est pas sans magistrales répliques : Dona Elvira et Leporello, en particulier, restent gravés dans nos mémoires bien après la projection.
Cet opéra est une fête somptueuse et on ne se lasse pas de le visionner. Evidemment, je ne suis ni puriste, ni grand spécialiste (Heureusement peut être).
Espérons que l'un ou l'autre réalisateurs/producteurs de renoms se frotteront encore à ce genre si controversé, pour nous livrer de telles merveilles.
Pour l'aspect technique de ce blu-ray, j'ai au départ été un peu surpris et déçu par le grain du film.... Mais les spécialistes disent que c'est une belle preuve de respect du support originel. En tout état de cause ce grain est fin, plutôt esthétique et se laisse la plupart du temps oublier. L'image est superbe en projection avec une base de 2,5 m. Les étoffes et matières apparaissent dans toutes leurs richesses, profondeurs et détails. Comme souvent en blu-ray de films anciens, l'une ou l'autre (courtes) scènes sont cependant nettement moins bien définies, sans logique apparente. Peut être un original déjà défectueux?
Au niveau sonore, je n'ai qu'une installation en stéréo + caisson de basse, et le résultat est pour le moins très bon. Bon équilibre entre bande son pré enregistrée à l'Eglise du Liban et bande son d'ambiance des lieux. A ce propos, mon installation défaillante au départ me faisait entendre plus ou moins l'une ou l'autre, et c'était très dérangeant ( Soit musique de très bonne qualité, mais déconnectée de l'ambiance du film, soit le contraire, son d'ambiance présent mais musique trop en retrait ). Important donc de veiller aux bons raccordements sous peine de dégrader la qualité du spectacle.
Pour finir, le boîtier du disque est d'une qualité au dessus de la moyenne : boîte cartonnée et "fourreau" interne cartonné aussi. Ce n'est pas Byzance, on n'y trouve rien d'autre, mais simple et correct. On échappe à ces abominables boîtiers conventionnels en plastique de type "boîte à jambon" (on se demande d'ailleurs qui a pu imaginer de tels repoussoirs à la vente...).