Cette version de Donc Quichotte s'inspire de la version « de base » de Petipa et Gorski, en l'abrégeant d'une bonne demi-heure (les quatre actes étant, comme souvent, ramenés à trois). Ce n'est d'ailleurs pas une mauvaise chose que de supprimer des personnages secondaires et quelques espagnolades qui ralentissent l'action. Au contraire, la mise en scène et la chorégraphie fourmillent d'excellentes petites idées qui rendent l'intrigue limpide, même pour les néophytes. C'est la très grande qualité de ce spectacle que de donner enfin une parfaite unité à un ballet qui n'est souvent qu'une succession de numéros quelque peu décousus. Tout est limpide, et c'est donc la merveille version pour qui voudrait connaître l'argument sans recourir à la lecture du livret !
Le Grand Palais (à Paris) n'étant pas un véritable théâtre, les décors de ce ballet se réduisent pour l'essentiel à trois grands toiles peintes d'une esthétique discutable. Heureusement, les costumes sont plutôt réussis, ainsi que la lumière.
Les danseurs cubains n'ont dans l'ensemble pas (encore) le niveau technique de leurs homologues russes : les jambes sont levées moins haut, les équilibres sont moins assurés, les attitudes moins élégantes. Néanmoins, ils égalent largement leurs homologues occidentaux pour le rythme et la capacité de rester en mesure. Rien n'est plus essentiel à la réussite d'un mouvement d'ensemble qu'une parfaite synchronisation, et les danseurs cubains sont rarement en défaut sur ce plan.
À l'exception du couple-vedette, les solistes ne proposent rien d'extraordinaire, et c'est là sans doute ce qui empêche cette version de concurrencer vraiment le Bolchoï ou le Mariinsky. Viengsay Valdès est petite et musclée. Moins élégante qu'une étoile russe, elle est en revanche plus crédible en Espagnole, et possède surtout une technique très solide. Dans ses variations finales, elle montre un sens de l'équilibre exceptionnel (sur une seule pointe), puis enchaîne sans peine les tours fouettés (parfois triples !). Son partenaire Romel Frometa montre de solides capacités athlétiques dans les sauts, mais aussi dans sa capacité à porter sa partenaire au bout d'un seul bras !
Bref, de la bonne danse, et surtout un spectacle parfaitement cohérent.