Pendant des décennies, il semblait que rien ne pouvait rivaliser en DVD avec la version de Baryshnikov (1983). Mais voici enfin une version suprême, globalement très supérieure à son illustre devancière. Tout d'abord, elle propose la version complète de la chorégraphie Petipa-Gorsky (quatre actes, plus de deux heures de spectacle). Cela ralentit beaucoup l'action, surtout au premier acte, mais le Mariinsky a de tels bataillons d'excellents danseurs qu'on ne saurait se plaindre d'un pareil festival !
La scène, très grande, permet de placer les nombreux participants sans les entasser. Les décors et les costumes sont absolument somptueux, même si l'on peut trouver d'un goût discutable les tutus multicolores du rêve de Don Quichotte (mais pourquoi, après tout, Don Quichotte ne rêverait-il pas kitsch ?) Enfin, la qualité de l'image (haute définition, format 16:9) est parfaite. Un détail amusant : Brian Large est le même réalisateur qui filma Baryshnikov en 1983 (avec une qualité d'image alors très inférieure).
Quant au plus important (la danse), quelle fête ! Combien de compagnies peuvent s'offrir le luxe de distribuer des danseurs de premier ordre dans des rôles secondaires ? Espada (Andrei Merkuriev), la danseuse des rues (Yekaterina Kondaurova), Mercedes, les gitans..., tous les personnages dansent leurs numéros sans qu'on puisse trouver le temps long. Ce qui n'est parfois qu'intermèdes fastidieux devient ici du grand art. Et enfin, quelle extraordinaire performance donnent Olesya Novikova et Leonid Sarafanov ! Aucune difficulté technique ne leur résiste, et il semble que le niveau technique des danseurs ne cesse de progresser. Chez les danseuses, les tours fouettés sont désormais doubles, les jambes s'élèvent à 180°... Et les danseurs enchaînent les sauts et les pirouettes sans même prendre le temps de reprendre de l'élan. Particulièrement mince et élégant, avec un visage d'ange, le jeune Sarafanov est une vraie bête de scène. Il semble ne faire aucun effort, mais plutôt s'amuser comme un fou. Aussi charismatique que Baryshnikov, il se permet d'égaler ici son illustre aîné, ce qui n'est pas rien !
Dernière remarque : dans l'excellent documentaire « Ballerina », de Bertrand Normand, on peut suivre les débuts professionnels de deux jeunes danseuses du Mariinsky : Alina Somova et Evgenia Obraztskova (qui joue aussi dans « Les Poupées russes », de Cédric Klapisch). Il est amusant de les retrouver ici dansant ensemble (tèrs remarquablement) le rêve de Don Quichotte, respectivement dans les rôles de la Reine des Dryades et de l'Amour.