Il s'agit d'une critique très fine de Lévinas faite du point de vue de la psychanalyse et dans le cadre aussi de la culture juive qui est commune et essentielle pour Sibony et Lévinas. Comme Ricoeur auparavant, Sibony reproche à Lévinas d'avoir, à partir de son 2e grand livre Autrement qu'être, introduit une éthique christique, avec attitude de sacrifice pour l'autre, pour même endurer une "persécution par l'Autre".
Sibony propose une philosophie personnelle alternative, qui est une forme d'existentialisme judaïque, ancrée dans l'ancien testament, dont il traduit le nom de Dieu par "l'être-temps" et qui correspond aussi sur un plan laïc à l'impulsion de l'inconscient à nous propulser à dépasser nos replis narcissiques pour aller vers l'autre, à sa rencontre de façon créative dans le désir, et pas d'emblée à le rencontrer sur le terrain de sa souffrance comme chez Lévinas. Au fond Sibony substitue une philosophie de la joie à celle de la tristesse de Lévinas.
Evidemment, certains ont écrit que Sibony aurait mal compris Lévinas, par exemple Simonne Plourde dans Avoir-l'autre-dans-sa-peau, mais elle écrit aussi que Ricoeur aurait mal compris Lévinas, ce qui est quand même peu crédible à mon avis.