Don't explain (trois faces) est la seconde partie d'un projet entamé il y a un certain nombre d'années dans les Pyrénées, par le violoncelliste Didier Petit, qui s'est attelé à la création de six suites pour violoncelle.
Violoncelle et voix, car Didier Petit, artiste très physique (il faut le voir sur scène) aime exploiter tous les possibles corporels pour se mettre au service de l'inspiration musicale de l'instant.
Toujours prêt à remodeler les fragiles frontières du « populaire » et du « savant », de l'écrit et de l'improvisé (avec une fougue et une bonne humeur qui n'appartiennent qu'à lui !), il offre avec ce disque aussi puissant qu'intime, un instantané de sa quête musicale et de sa soif de liberté.
Il est difficile de décrire ces trois suites sans sombrer dans un bla-bla insignifiant (don't explain!;). Ceci dit, les amateurs de musique improvisée (et l'appellation doit être pensée ici de manière très large), s'y retrouveront probablement, et tomberont sous la charme de ces délires funambulesques pleins de drôlerie et de poésie, où l'on sent, dans le dénuement de la performance en solitaire, la recherche et le lent apprivoisement de la matière sonore.
On peut soupçonner Didier Petit de partager les mêmes sentiments conflictuels qu'on devine parfois dans le coeur de Joëlle Léandre, pour ne citer qu'elle : l'assurance sans cesse remise en question (délibérément), l'humour et la désillusion positive qui peuvent jaillir à chaque instant.
Au final, tout cela donne naissance à de grands moments de musique. Une musique riche, captivante, positive; qui peut être simultanément dense et dépouillée, tragique et optimiste, légère et mystique.