Même quinze ans après, difficile de se remettre d'une telle décharge électrique. Album brillant, dense, amusant, bouillant, éclectique, énergique, sans temps mort ni perte de régime, à quelques lieues de la perfection absolue, de la juste mesure entre calme et fureur, rythme et mélodie, lumière et obscurité, joie de vivre et malaise, DOOLITTLE est un peu tout ça à la fois. Ce qui frappe surtout, c'est la manière dont Black Francis démontre avec cette insolence caractéristique sa facilité à écrire des mélodies implacables, terriblement efficaces. Ainsi, on verra un Black Francis hurler à la mort comme pour rameuter un troupeau d'éléphants (Debaser, Tame, les deux premiers titres du disques, irrésistibles), surfer sur une pop légère américaine(Wave of Mutilation, La La Love You), clamer des hymnes pop parfaits (Here comes your man, Monkey Gone to Heaven), tutoyer le ska, le reggae, le hip hop et la country (Mr Grieves, Hey, Silver) avant de clôturer le chef d'œuvre par un condensé merveilleux du talent du groupe (Gouge away, meilleur morceau de Doolittle ?). A chaque écoute, Doolittle est si constant dans le génie, que chaque morceau, tour à tour, est meilleur que le précédent.