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On les voyait de loin, repères emblématiques d'une ville qui désorientait ses visiteurs par sa vertigineuse vitalité. Elles étaient les symboles d'une Amérique triomphante et sûre de sa puissance. Les Twin Towers laissent aujourd'hui plus qu'un vide : sous l'insoutenable nuage de mort qui n'en finit pas de se dissiper, c'est un espace de questionnement inédit, Ground Zero d'une réflexion sur notre civilisation et sur la haine qu'elle suscite qui s'est ouvert. On a d'abord cédé à la facilité du schéma de la confrontation entre l'islam et la chrétienté (Le Choc des civilisations, de Samuel Huntington). On s'est aussi très vite demandé si Manhattan n'avait pas fait les frais d'un anti-américanisme fondé sur l'hégémonie arrogante de Wall Street ou sur la politique étrangère de la Maison Blanche. Des analyses plus profondes – comme celle de Jean Baudrillard L'Esprit du terrorisme, d'Arundhati Roy Ben Laden, secret de famille de l'Amérique ou de Guillaume Dasquié et J.-C. Brisard Ben Laden, la vérité interdite – ont toutefois permis de mettre en perspective le terrorisme du 11 septembre au sein des contradictions inhérentes à la civilisation occidentale elle-même. C'est également, mais d'une autre façon, une généalogie européenne du terrorisme d'Al Qaida, que nous propose ici André Glucksmann. Son berceau ? La Russie de Dostoïevski, Pouchkine ou Tchekhov. Son nom : le nihilisme. Sa définition : la négation du mal. Ses adversaires : Flaubert, Marx. Ses grandes figures : Emma Bovary, Napoléon, Rotschild... Ses lieux : Vukovar, Grozny, New York... Ses héritiers : Ben Laden, Vladimir Poutine et tant d'autres tristes partisans de la guerre d'extermination.
André Glucksmann nous livre dans ce Dostoïevski à Manhattan des analyses audacieuses qui marquent une étape importante dans la méditation post-traumatique des événements du 11 septembre. --Emilio Balturi
André Glucksmann nous livre dans ce Dostoïevski à Manhattan des analyses audacieuses qui marquent une étape importante dans la méditation post-traumatique des événements du 11 septembre. --Emilio Balturi
Présentation de l'éditeur
La chute des Twin Towers ébranle le monde. Elle révèle une mutation de la civilisation. Nous ne vivons pas à l'heure de la "fin de l'histoire" ou du choc des cultures, mais à l'ère du nihilisme triomphant. Le terrorisme nihiliste frappe sans équivoque : "Je tue donc je suis" ; sa violence est diffuse, latente et universelle, sans visage et sans revendication. Les démocraties se trouvent-elles désarmées face à cette menace nouvelle dont les principes fondamentaux sont la corruption, la terreur et la destruction ? André Glucksmann nous invite à penser cette violence à la lumière des grandes oeuvres littéraires. Il faut sous-titrer CNN avec Dostoïevski.
Un mot de l'éditeur
Lattaque terroriste du 11 septembre 2001 contre les États-Unis marque un tournant de lHistoire et inaugure tragiquement une nouvelle ère, celle du nihilisme triomphant.
Quatrième de couverture
La catastrophe était dailleurs loin dêtre " inimaginable ". Seule une réussite aussi complète était imprévisible. La littérature, le cinéma et la télévision nous avaient déjà fait vivre de telles scènes. Dostoïevski et Tchékov se sont intéressés à la menace du terrorisme idéologique : la fiction avait prévu ce que les experts militaires navaient osé imaginer. Il nen est pas moins difficile de comprendre cet acte dune telle violence. Afin danalyser, pour reprendre Marx, "ce spectre qui hante désormais la planète", il nous faut dabord éteindre lincendie mental que la catastrophe a fait naître, puis réduire linexplicable en le confrontant au connu, au commun.
"Je tue donc je suis" est la devise nihiliste. Tel Raskolnikov assassinant lusurière pour se convaincre quil est maître de ses actes, le nihiliste se caractérise par son goût de la destruction pour la destruction ainsi que par la joie que lui procure le malheur des autres. Cette victoire nihiliste marque la fin de la guerre interétatique, des conflits classiques si bien analysés par Raymond Aron. Le terrorisme signe lassomption mondiale dune violence beaucoup plus diffuse, latente et universelle, sans visage et sans revendication. La violence lemporte désormais sur la guerre à travers de nouvelles cibles (les Twin Towers, les deux bouddhas de Bamiyan, la bibliothèque de Sarajevo...). Face au nihilisme dont les principes fondamentaux sont la corruption, la terreur et la destruction, les hyperpuissances sont aussi des hyperimpuissances.
André Glucksmann est lun des philosophes européens les plus célèbres de notre époque. Dès son Discours sur la guerre (1967), il sest intéressé à létude philosophique du conflit et de la violence. Intellectuel voyageur, son expérience du terrain (récemment en Algérie et en Tchétchénie) et sa réflexion, en senrichissant mutuellement, donnent à ses ouvrages une force et une profondeur incomparables.
"Je tue donc je suis" est la devise nihiliste. Tel Raskolnikov assassinant lusurière pour se convaincre quil est maître de ses actes, le nihiliste se caractérise par son goût de la destruction pour la destruction ainsi que par la joie que lui procure le malheur des autres. Cette victoire nihiliste marque la fin de la guerre interétatique, des conflits classiques si bien analysés par Raymond Aron. Le terrorisme signe lassomption mondiale dune violence beaucoup plus diffuse, latente et universelle, sans visage et sans revendication. La violence lemporte désormais sur la guerre à travers de nouvelles cibles (les Twin Towers, les deux bouddhas de Bamiyan, la bibliothèque de Sarajevo...). Face au nihilisme dont les principes fondamentaux sont la corruption, la terreur et la destruction, les hyperpuissances sont aussi des hyperimpuissances.
André Glucksmann est lun des philosophes européens les plus célèbres de notre époque. Dès son Discours sur la guerre (1967), il sest intéressé à létude philosophique du conflit et de la violence. Intellectuel voyageur, son expérience du terrain (récemment en Algérie et en Tchétchénie) et sa réflexion, en senrichissant mutuellement, donnent à ses ouvrages une force et une profondeur incomparables.
L'auteur vu par l'éditeur
André Glucksmann est lauteur, entre autres, de La Cuisinière et le mangeur dhommes (Le Seuil, 1974), Les Maîtres penseurs (Grasset, 1977), Le XIe commandement (Flammarion, 1991), Le Bien et le Mal (Robert Laffont, 1997) et La Troisième mort de Dieu (Nil, 2000).