Déjà, beaucoup est en filigrane dans le seul nom du groupe. Une minute, c'est le temps jugé nécessaire et suffisant pour tout dire dans un morceau, et ce trio californien s'y conforme presque dans cet album, leur plus connu (43 titres en 74 minutes).
Un coup d'oeil sur le label, celui de Hüsker Dü, au « Zen Arcade » desquels ce « Double nickels on the dime » est paraît-il une réponse-hommage.
Ceci posé, on appuie sur Play et on serre les dents en attendant la déflagration sonore inhérente au genre ...
Qui n'arrive pas ... car les Minutemen ne donnent pas dans le speed-punk bourrin. Non, leur truc, ce serait plutôt de désosser le jazz comme Captain Beefheart désossait le blues, en ne gardant que le minimum vital. Et les Minutemen, dans une configuration basique guitare-basse-batterie, font aussi un sort au rythmes punk, ska , rock'n'roll, folk, ... Un disque assez proche dans sa démarche musicale des Anglais de Young Marble Giants ou des Lounge Lizards de John Lurie.
« Double nickels on the dime » a été enregistré en 1984 avec le budget strings d'une séance shopping de Paris Hilton. Très peu d'overdubs, de re-recordings. Et une une première prise qui devait souvent être la bonne... Il y a d'ailleurs quelque part vers le début un titre live que l'on ne repère que parce que l'on entend le public discuter dans la salle qui doit pas être immense...
Alors, forcément, à l'allure où ça défile, on n'a pas le temps de s'ennuyer. Et ce n'est pas parce que les Minutemen ont un son assez « tranquille », quasi laid-back, qu'ils n'ont rien à dire. A gauche autant que faire se peut aux USA, ils exposent en quelques phrases-slogans leur vision souvent décapante des choses. Ecrire un « Political song for Michael Jackson to sing », fallait quand même oser, et avoir un certain sens de l'humour bien puk-potache. Les Minutemen sont aussi capables de reprendre bizarrement (« Don't look now ») Creedence (ils consacreront à des reprises du groupe de Fogerty un album entier l'année suivante, et des gens qui aiment Creedence ne peuvent pas avoir tout faux), voire de le pasticher (leur pseudo-hit « Corona »). Ils n'hésitent pas non plus à parler avec auto-dérision de leur quotidien, et plus généralement tout ce qui leur passe par la tête devient prétexte à une chanson ...
Ce « Double nickels on the dime » avait commencé à faire parler d'eux auprès du grand public, et les REM qui s'en étaient entichés les prenaient souvent en première partie sur leurs tournées. En 1985, un accident de la route au retour d'un concert coûtera la vie à l'âme du groupe, le guitariste D. (pas Danny) Boon, et mettra aussi un terme à l'existence des Minutemen.