Vous, les amateurs de blues musclé avec rythmique basse-batterie qui soutient à merveille un guitare hero lors de soli enivrants, cet album est fait pour vous. Il ne contient en effet aucun des éléments précité...
Cet album est au contraire d'un dépouillement quasi total : la plupart du temps guitares, basse ou violoncelle et voie. Eh ouais, pas de batterie ! Sacrilège pensez-vous ? Et bien non ! Moi aussi l'amateur de blues musclé j'ai du m'incliner aussi devant le talent et l'univers de cet artiste.
Sa musique est à la fois très classique (les morceaux reposent principalement sur des rythmiques en apparences assez simples) mais aussi avec un certain modernisme dans les arrangements et les sonorités (le planant « Sounds of Attica »...). Otis Taylor est un écorché vif, enfant black dans l'Amérique des années 50, il a beaucoup de choses à dire et de messages à faire passer. Et il ne se gène pas. Beaucoup de textes évoquent l'esclavage bien entendu, mais Otis n'hésite pas non plus à parler de ses propres blessures comme par exemple de sa mère qui a été en prison pour avoir vendu de l'héroïne. Les notes de pochette permettent d'expliciter un peu plus le sens de chacune des chansons. On peut ainsi reprocher beaucoup de chose à Otis Taylor mais certainement pas son engagement et son intégrité. Ceci transpire du bonhomme, ceux qui l'ont vu en concert savent de quoi je veux parler, pour les autres, il suffit d'observer son regard sur la pochette de l'album...
Cet album est de plus le parfait écrin d'un diamant à l'état pur : la chanson « Buy myself some freedom » qui clôture l'album. Comme les notes de pochette l'indiquent, il s'agit de la complainte d'une jeune fille d'origine africaine dans l'Amérique des 60's qui exprime ses rêves d'accéder à une vie plus libre : « Wish I could go down to a department store, buy myself some freedom ». Le texte est bien entendu très fort, les arrangements sont à base de guitare, basse, violoncelles et trompette, ce qui confère un léger côté jazzy. De plus Otis Taylor a laissé interpréter cette chanson à sa fille de 17 ans, Cassie. Probablement l'idée du siècle : elle a la voie d'un ange. C'est par cette chanson que j'ai découvert cet artiste à un concert. Immédiatement, j'ai été happé par cette mélodie entêtante, les premiers frissons se sont fait sentir, puis Cassie s'est mise à chanter et là, gorge nouée, yeux humides... Musicalement parlant, un des moments les plus fort de ma vie.
Cet album est donc le parfait média pour ceux qui souhaitent bousculer leurs certitudes et pénétrer dans l'univers d'un des bluesman les plus intéressants du moment. Ils y découvriront une grande âme.