Rien ne peut remplacer la version originale du mythe de Dracula, en oeuvre intégrale de préférence (édition pocket). Ce livre est écrit de façon originale puisqu'il présente successivement différents journaux qui se mêlent comme dans une enquête policière pour déterminer qui est cet être fuyant, mi-homme mi-bête, immortel et si terrifiant qu'on appelle: Dracula.
Bram Stoker s'est largement inspiré des mythes roumains pour créer cette figure sans nulle autre pareille qui représente symboliquement la soif de sang, de puissance, les catastrophes naturelles, la séduction diabolique et la damnation. Cette figure imaginaire est fascinante car elle semble vivre sous la plume de Stoker. De plus, le style est fluide, précis et fascinant. L'alternance des journaux est si bien conçue qu'elle aboutit à ce que Todorov appelle le fantastique-merveilleux, puisqu'à la fin personne ne peut plus douter de l'existence de ce démon.
Je tiens à préciser que l'édition pocket est très bien conçue. Elle propose au début une brève biographie de l'auteur, suivie d'une présentation sur les origines du mythe qui prend ses sources en Transylvanie et s'inspire de l'histoire de Vlad III l'empaleur, admiré pourtant des Roumains pour les avoir sauvés de l'invasion hongroise. La version intégrale est suivie d'une nouvelle "L'Invité de Dracula" et de compléments historiques et littéraires (le vampire dans la littérature, Dracula de l'histoire au mythe, Bram Stoker le père de Dracula ainsi que des indications bibliographiques, filmographiques, scénographiques et radiophoniques).
L'adaptation au cinéma de Coppola "Bram Stoker's Dracula" est véritablement une réussite. A l'exception du début avec la mort d'Elisabetha qui rend le prince fou de rage et de quelques autres écarts peu importants, le reste est calqué sur le roman. On retrouve l'ambiance créee par Stoker et la musique est une merveille. Elle épouse parfaitement les variations émotionnelles du scénario.
Je conseille la lecture de l'oeuvre intégrale même s'il existe de nombreuses versions abrégées. Les 500 pages sont une réussite et rien ne peut être omis si on veut suivre tout le développement. L'interrogation posée par l'auteur à travers le personnage zoophage est particulièrement intéressante: le fou a-t-il perdu la raison ou entend-il des voix qui existent mais que tous ne peuvent percevoir?Pourquoi cet être si intelligent a-t-il développé à certains moments des comportements complètement déments et destructeurs? Serait-ce liée à l'influence d'une puissance maléfique à laquelle il obéit sans faille?