Ces trois nouvelles sont une excellente introduction à l'aeuvre formidable du grand écrivain hongrois avec ses thèmes universels de liberté, fascisme et communisme, et la `formulation` comme planche de sauvetage pour la vie.
Le Drapeau Anglais
Cette nouvelle évoque magistralement le climat cynique et suffocant qui régnait dans son pays avant et lors de la révolte de Budapest en 1956. Sous le joug du Parti Communiste, `le quotidien était transformé en une ignominie systématique', en un monde de terreur, de crime et de procès mensongers. `Il y eût une seule vérité, celle de l'arrestation, de l'emprisonnement, de l'exécution. Tous ceux qui n'étaient pas en prison, étaient sans exception considérés comme des détenus en liberté provisoire.'
Lors de la révolte de 1956, le drapeau anglais apparaît comme un signe d'espoir, mais `voiture, main et drapeau anglais disparurent dans un virage et les applaudissements s'estompèrent peu à peu.'
Le Chercheur de Traces
Le chercheur de traces de l'holocauste (`le devoir atroce de savoir') butte sur l'excuse archi-connue : `Nous sommes seulement des employés. On n'a pas toujours gardé des baeufs ici', mais, `nous on garde ce qu'on nous confie.'
Procès-verbal
Dans cette nouvelle autobiographique, l'auteur se heurte à la bureaucratie totalitaire avec ses `illusions de liberté'.
Régime communiste = régime fasciste, écriture
Dans les deux régimes, l'auteur a vécu comme un esclave, `dissimulant mes idées, mon talent, mon être véritable, parce que je savais bien que là où je vis, je ne peux être libre qu'en tant qu'esclave.' `Je ne sentais nulle morale en moi-même, ni autour de moi, au nom de laquelle j'aurais pu m'indigner. Etre moral dans un monde immoral est immoral.'
L'auteur aurait facilement pu perdre tout espoir dans le monde (`qui est l'assassin : c'est tout le monde.' Et, `je n'aime pas mon prochain.'). Mais, l'écriture sauve sa vie : `pratiquer la formulation de l'existence, les formulations servaient à rendre la vie vivable.'
Avec de fortes métaphores et des images à la H. Bosch (`Certains sombraient dans l'orgie, comme le montrait une tête de femme semblant détachée de son corps, ses cheveux flamboyants étaient comme un cri'), Imre Kertész brosse des tableaux hallucinants d'une vie dénuée de tout sens et de toute liberté dans un univers virtuel ou éventuellement réel, mais alors monopolisé par un pouvoir absolu omniprésent. Toute dissidence devait être intériorisée.
Hautement recommandé.