CHRONIQUE DE HERVE PICART MAGAZINE BEST NOVEMBRE 1979 N° 136 Page 86
5° Album 1979 33T Réf : CBS EPC 83522
Cheap Trick est un drôle de petit groupe qui sera sans doute bientôt star. Drôle de groupe, car jusqu'à présent l'on avait quelques difficultés à se prononcer sur son compte, des albums studio excellents et prometteurs, des concerts un peu trop exhibitionnistes pour être efficace, un live qui montrait un groupe définitivement entre deux chaises, celle de la romance FM et celle du hard (d'ailleurs bancale celle-ci). Mais Cheap Trick était surtout un groupe qui possédait une image, un style, et pas de personnalité musicale. En fait, il était installé à mi-chemin entre les Beatles et le heavy metal, et se contentait jusqu'à présent d'aller tour à tour d'un côté puis de l'autre. « Dream Police » donne enfin une vraie personnalité à Cheap Trick car c'est un disque où le groupe parvient dans chaque morceau à effectuer la synthèse de ses deux tendances. D'où un disque rempli de refrains aguichants qui feront sans doute leur petit chemin en radio avec en même temps des riffs carnassiers, des chansons finalement très pop balancées sur des rythmiques bien hard.. En fait, je crois que Cheap trick va être l'Electric Light Orchestra du hard rock, c'est-à-dire le groupe qui va replacer la grande leçon mélodique des Beatles dans un contexte où il est aussi pour une fois, question d'énergie. Ainsi Cheap Trick possède à présent ce qui fait le charme d'ELO : les mélodies tape-à l'oreille, les voix suaves, les arrangements princiers, mais aussi tout ce qui manque à l'ELO : l'énergie, le rock, la drôlerie. Comment dans ces conditions Cheap Trick pourrait-il manquer son coup ?
« Dream Police » est donc son album le plus complet et le plus équilibré. Il y a dedans quelques tubes hard qui n'en finiront pas de vous bercer/secouer, comme « Dream Police », « Way Of The World »,
« I'Il Be With You Tonight ». Mais il y a aussi une folie bien hard qui émerge de chaque riff, comme sur « Gonna Raise Hell », et de l'humour également avec par exemple une parodie de Donna Summer sur « Need Your Love ». Une fois de plus , Robin Zander se montre un chanteur très plaisant, et petit clown Nielsen se contente de jouer de la guitare, ce qui est bien (et que l'on aimerait lui voir faire sur scène à la place de ses habituelles pitreries). Bref, il y a toujours une place à prendre dans le domaine du pop hard, là où les Sparks auraient dû s'imposer, là où ELO ne pourra jamais aller, et Cheap Trick va certainement s'y installer. Si c'est pour faire des albums aussi réjouissants que « Dream Police », on ne peut que s`en féliciter.