Cet album de Spacemen 3 n'est sûrement pas le plus indispensable de leur discographie. Mais il montre parfaitement de quels extrêmes soniques J. Spaceman et Sonic Boom étaient capables. Le morceau principal est une longue et lente plage instrumentale enregistrée en 1988 au bar d'un centre artistique londonien. Des 90 minutes originelles de la performance n'en sont ici gardées que 45, durant lesquelles les musiciens brodent d'infimes mélodies autour d'un drone central haché par un tremolo. Certaines de ces ébauches de mélodies se retrouveront plus tard développées sur Playing with Fire, mais ici, ça reste très minimaliste. Rien n'est exubérant ici, pas même le niveau sonore, qui est à échelle humaine, puisqu'on peut même entendre des gens discuter dans le fond, des verres tinter, une sonnerie de téléphone, et même le cliquetis du mediator sur la guitare. La transe est atteinte en douceur au bout de quelques minutes d'adaptation et ne vous lâche plus jusqu'à ce que le morceau s'éteigne. Mais le deuxième morceau vous fait repartir dans l'hyperespace dès ses premières secondes de drone spatial effectué sur un Farfisa et de nombreux effets. Drone qui se poursuit sur 9 minutes, ainsi que sur le morceau suivant, qui est composé... d'un drone spatial au Farfisa avec de nombreux effets sur 9 minutes... Et l'album se termine sur une improvisation de 15 minutes de J. Spaceman et Sonic Boom à la guitare, enregistrée durant des répétitions, où l'on retrouve le même minimalisme, mais cette fois sans aucun effet sur les guitares. On est ici très loin de leurs "chansons" habituelles, on est ici dans l'expérimentation pure, dans un manuel du psychédélisme de Spacemen 3, proche de ce que fera plus tard Sonic Boom sous le nom de Experimental Audio Research.