"The mess we made" annonçait un tournant dans la carrière de Matthew Elliott, délaissant la drum n'bass mystique et torturée de Third Eye Foundation pour un folk lo-fi et angoissé. "Drinking songs" radicalise cette démarche. De TEF, Elliott conserve l'essentiel, à savoir le fond mélancolique et l'influence russe. Pour le reste, les boucles et samples s'effacent au profit d'un son à dominante acoustique, au service de chansons exceptionnelles de beauté, "What's wrong", "A waste of blood", "The guilty party", hantées par la voix magique d'Elliott, grand vocaliste intimiste dans la veine de Will Oldham. Grand parolier, également, à en juger par cette perle de concision, "The kursk", puissante évocation d'un naufrage que l'on imagine spirituel autant que physique.
Nul doute que cet album ne provoquera pas de frénésies d'achat chez le consommateur moyen. Mais quiconque possède dans sa discothèque le "Goodbye and hello" de Tim Buckley, les oeuvres obscures et délicates de Nick Drake et Stina Nordenstam, le "Eye of the hunter" de Brendan Perry, le "I see a darkness" de Bonnie Prince Billy, trouvera plus que son compte dans ce disque merveilleux.