Futuribles
Droits de lhomme et diplomatie relèvent en effet de répertoires qui ne se ressemblent pas et qui distinguent clairement « posture et action » (Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères), la première relevant du « moralisme affiché » et la seconde de « la justesse des résultats obtenus ». Mais pour B. Badie, cette mésentente entre linternational et les droits de lhomme nest pas une fatalité. Si la « diplomatie des droits de lhomme » est « le rendez-vous de toutes les ambiguïtés de la vie internationale, vrai laboratoire de cynisme, dhypocrisie et de manipulations », elle est aussi, écrit lauteur, « le début dune histoire nouvelle : en semant la graine de la mauvaise conscience et en préparant des étapes ultérieures autrement plus décisives ».
Louvrage analyse donc cette émergence dun « humanisme international entre illusions et réalités ». Il ne sagit pas de proclamer la fin dun ordre international dominé par le principe de souveraineté des États et les jeux réalistes de la puissance mais dadopter un regard sociologique attentif aux mutations affectant la politique internationale et qui révèlent un nouvel « univers de référence » et de « nouveaux acteurs ».
Nouvel « univers de référence » car dans linterdépendance qui caractérise le système international contemporain, la puissance est moins efficace alors que le transnational se banalise et que la sécurité nationale perd « sa valeur emblématique et souveraine », « sefface peu à peu devant une sécurité humaine qui ne connaît plus de frontières ». De là, un humanisme international qui devient dorénavant « le substrat banal de toute politique internationale » et doù découle peu à peu la conviction « quà un univers mondialisé correspond une exigence dordre social qui passe par une intégration internationale minimale ».
Une multitude dacteurs (organisation non gouvernementales, médias, villes, intellectuels, acteurs religieux, réseaux associatifs ) sest de surcroît saisie des questions internationales qui ne ressortissent plus du monopole dÉtat mais « dun monde qui fait de linternational un objet dinformations et de débats publics ». Dans le système qui émerge, léquilibre est forcément instable entre le monde des États et lespace public international, mais cest désormais « des modalités même de leur articulation que dépend lévolution des grands enjeux internationaux ». Selon lauteur cest finalement à partir dun calcul très réaliste et utilitaire des États « des façons dêtre, de faire et dassurer sa propre sécurité » que devrait se renforcer la dimension responsable et morale de laction internationale et se créer « les bases solides dun indispensable universalisme. » --Yann Vinh
Présentation de l'éditeur
Cinq grandes questions au moins se posent :
- Les droits de l'Homme sont-ils toujours premiers : ne cachent-ils pas d'autres fonctions politiques ?
- Les Etats sont-ils bien armés pour défendre les droits de l'Homme face aux résistances du réalisme, face aux impératifs économiques, face aux défauts de puissance, face aux coûts de l'intervention, face à un droit résolument souverain, face aux interdépendances entre gouvernants ?
- L'espace public international, fait d'opinions publiques, de réseaux associatifs, de mouvements transnationaux et surtout d'une capacité et de prise de parole, n'est-il pas mieux adapté ? Parvient-il à mettre les Etats sous surveillance ou se prête-t-il à des connivences ?
- La judiciarisation progressive de la scène internationale, de La Haye à Arusha, de Pinochet à Habré, ne révèle-t-elle pas, encore au-delà, un déplacement du sujet : du peuple souverain au nom duquel on rendait la justice à une humanité méta-souveraine au nom de qui on ne sait pas encore rendre la justice ?
- La démocratie ne va-t-elle pas prendre sa revanche là où on ne l'attendait pas : dans le calcul réaliste de ceux qui découvrent aujourd'hui que les dictatures étaient hier utiles et qu'elles sont coûteuses et encombrantes aujourd'hui alors que triomphent les besoins d'intégration ?
Parfois capable et parfois dépassé, parfois demandeur et parfois méfiant, l'Etat est au centre des vagues causées par cette demande internationale de droits de l'Homme. Celle-ci tient précisément sa complexité de la pluralité des logiques qui la fondent, des conséquences imprévues qui la surprennent, de la résistance institutionnelle qui la bloquent. En cela, elle est très symptomatique des données nouvelles de la vie internationale, de ses impasses et de ses promesses.