Présentation de l'éditeur
Cinq grandes questions au moins se posent :
- Les droits de l'Homme sont-ils toujours premiers : ne cachent-ils pas d'autres fonctions politiques ?
- Les Etats sont-ils bien armés pour défendre les droits de l'Homme face aux résistances du réalisme, face aux impératifs économiques, face aux défauts de puissance, face aux coûts de l'intervention, face à un droit résolument souverain, face aux interdépendances entre gouvernants ?
- L'espace public international, fait d'opinions publiques, de réseaux associatifs, de mouvements transnationaux et surtout d'une capacité et de prise de parole, n'est-il pas mieux adapté ? Parvient-il à mettre les Etats sous surveillance ou se prête-t-il à des connivences ?
- La judiciarisation progressive de la scène internationale, de La Haye à Arusha, de Pinochet à Habré, ne révèle-t-elle pas, encore au-delà, un déplacement du sujet : du peuple souverain au nom duquel on rendait la justice à une humanité méta-souveraine au nom de qui on ne sait pas encore rendre la justice ?
- La démocratie ne va-t-elle pas prendre sa revanche là où on ne l'attendait pas : dans le calcul réaliste de ceux qui découvrent aujourd'hui que les dictatures étaient hier utiles et qu'elles sont coûteuses et encombrantes aujourd'hui alors que triomphent les besoins d'intégration ?
Parfois capable et parfois dépassé, parfois demandeur et parfois méfiant, l'Etat est au centre des vagues causées par cette demande internationale de droits de l'Homme. Celle-ci tient précisément sa complexité de la pluralité des logiques qui la fondent, des conséquences imprévues qui la surprennent, de la résistance institutionnelle qui la bloquent. En cela, elle est très symptomatique des données nouvelles de la vie internationale, de ses impasses et de ses promesses.