Après deux premiers albums au son dominé par l'orgue acide de Barry Andrews, le départ de ce dernier (remplacé par le guitariste Dave Gregory) apporte à XTC une formation stable et un son plus accessible, sans faire disparaître son goût pour les dissonances et les rythmes fracturés. La muse excentrique d'Andy Partridge, chanteur hoquetant, guitariste spasmodique et principal compositeur, est équilibrée par l'inspiration plus classiquement pop de Colin Moulding, bassiste et second chanteur, qui peut passer pour le McCartney du groupe. C'est d'ailleurs lui qui signe l'impeccable "Making Plans For Nigel", attaque contre les parents abusifs s'en même s'en rendre compte et tube français inattendu en 1979. L'entraînant "Helicopter", "Scissor Man", comptine fantaisiste, ou l'attachant "Ten Feet Tall", avec un peu de chance, auraient pu connaître le même sort. Quoi qu'il en soit,
Drums And Wires est un parfait exemple de la new wave anglaise la plus futée et originale.
--Thierry Chatain
Si les deux premiers albums d’XTC étaient moins des oeuvres indispensables que des balises destinées à signaler l’existence du groupe (et si possible de la façon la plus voyante possible),
Drums and wires marquait très nettement le passage à un niveau supérieur. Le départ du claviériste Barry Andrews et de ses sonorités acides, son remplacement par le guitariste et arrangeur Dave Gregory, l’essoufflement de l’ouragan punk et de ses règles coercitives (morceaux courts, mélodies limitées, technique inexistante et amateurisme obligatoire), l’arrivée de la new wave et d’une plus grande liberté musicale, sont sans doute autant d’éléments qui peuvent expliquer ce virage artistique ; mais l’essentiel est ailleurs.
En effet, la grande affaire de
Drums and wires est un homme ; et cet homme – surprise ! - n’est pas Andy Partridge ; pour la première et la seule fois de l’histoire d’XTC, c’est ici le bassiste Colin Moulding qui est le véritable élément moteur du groupe. Ce n’est certes pas la première fois que ses chansons sont intégrées au répertoire d’XTC : dès le premier album, Andy Partridge avait accepté de laisser sa place de songwriter / chanteur / leader à d’autres membres du groupe, le temps de quelques chansons. La différence est que cette fois, Moulding a su profiter de cette ouverture pour caser une poignée de compositions dont l’évidence mélodique fait systématiquement mouche.
Trois d’entre elles vont d’ailleurs devenir des classiques instantanés :
« Ten feet tall » et ses arpèges de guitare délicats ;
« Life begins at the hop », sa rythmique irrésistible et son refrain lumineux ; et bien sûr
« Making plans for Nigel », le tube à la simplicité imparable, qui reste, aujourd’hui encore, le seul morceau d’XTC à avoir véritablement touché le grand public. Au-delà de ce tiercé gagnant, l’album comprend deux autres titres signés Moulding, et qui valent également le détour :
« Day in day out », à la mélodie saupoudrée inflexions dissonantes ; et
« That is the way », plus basique, mais relevé par une trompette taquine.
A côté de la clarté de Moulding, Partridge et ses compositions alambiquées font plutôt pâle figure. D’une façon générale, le leader d’XTC poursuit ici le cheminement musical qui a été le sien depuis le premier album : des mélodies fracturées, des rythmiques épileptiques aux fortes influences ska, un chant s’apparentant souvent à un glapissement inquiet... Résultat : le pouvoir d’attraction des compositions de Partridge reste encore limité, même si l’on sent bien, sur cet album, qu’il suffirait finalement de peu de choses pour que le chanteur s’engage sur le chemin pop vers lequel le pousse son bassiste (un morceau comme
« Helicopter » en est la preuve flagrante).
Très bientôt, Partridge fera bien mieux que de suivre ce chemin : il prendra quelques kilomètres d’avance sur tous ses concurrents. Pour l’heure, cependant, il semble regarder Moulding le doubler en riant. C’est probablement cette course-poursuite musicale, cette émulation positive, qui sera à l’origine de la teneur des disques suivants. Rien que pour cela,
Drums and wires peut être considéré comme le premier album important d’XTC.
Thibaut Losson - Copyright 2012 Music Story