Enregistré à Yeovil, le fief de la chanteuse,
Dry est plus qu’une première œuvre prometteuse d’une jeune chanteuse en colère ou un simple manifeste
noisy, mais bien un album solide et cohérent, avec des thèmes et un propos réfléchis, et qui fit à sa sortie l’admiration d’un connaisseur comme Kurt Cobain, qui le citait dans toutes les listes de son journal intime.
Sur un riff rappelant celui du
« You Really Got Me » des Kinks et une rythmique lancinante (Rob Ellis à la batterie, très « Ringo » dans la démarche), Polly avait bâti le single
« Sheela-Na-Gig » et donnait un parfait avant-goût de l’album à suivre. En adéquation avec la musique, les textes ne font ici aucune concession, que ce soit avec les proclamations féministes de ce
« Sheela-Na-Gig » (qui fit l’enthousiasme de John Peel), la crudité de
« Happy And Bleeding », l’évocation de Samson et Dalila (et, de ce fait, l’allégorie de la castration) dans
« Hair », bref, à chaque fois, cette fille va droit au but et fait mouche.
Au cas où on en aurait encore douté, ses apparitions dans les médias confirmeront l’impression laissée par ce disque : dans la vie de tous les jours, elle est simple et directe et appelle un chat un chat, d’autant que, née à la campagne, elle est restée « nature » et ne se rase ni les jambes ni les dessous de bras, ce qu’elle se fiche bien de montrer dans la presse. En tous points,
Dry est à son image. PJ Harvey a sans doute fait de meilleurs disques depuis celui-ci, mais une chose est sûre : elle ne fera plus jamais le même et elle le sait.
Frédéric Régent - Copyright 2012 Music Story