L'idée de base de de Jouvenel est que le pouvoir corrompt: 'Que le Pouvoir puisse se détacher en quelque sorte de la Société pour se situer au-dessus d'elle comme un corps distinct et oppresseur.'
Ce pouvoir peut être accaparé par un groupe (une oligarchie, une aristocratie parlementaire) ou par une personne (tyran, dictateur) : 'les Cromwell ou les Staline ne sont pas conséquences fortuites, mais bien le terme fatal. Les Révolutions liquident la faiblesse et accouchent la force.'
La solution est que 'le pouvoir arrête le pouvoir', en d'autres termes, la suprématie du Droit. 'C'est le système que le juriste américain Marshall a su faire accepter en 1803 aux Etats-Unis. Contre la loi qui offense des droits à lui garantis par la Constitution, le citoyen recourt à la justice et à l'instance dernière, la Cour Suprême.'
Dans ce système de Droit, il existe une tension entre la Liberté et la Sécurité, qui n'est ni plus ni moins une question de vie ou de mort :'La plénitude de la liberté impliquait la plénitude du risque. Ce régime devait faire sentir toute sa dureté à ceux qui étaient 'mauvais partants', aux prolétaires. Ils furent les premiers à protester contre le droit commun de la liberté. En fin de compte, la société tout entière en vint à réclamer la sécurité. C'est pourquoi les hommes remettent à l'Etat leurs droits individuels pour recevoir de lui des droits sociaux.'
Malheureusement, la démocratie peut aussi donner l'occasion à un parti (et un homme) d'accéder au pouvoir absolu : 'garder sa majorité devient chose facile quand l'appareil de parti est devenu maître des élections.'
Ce livre contient également une caractérisation remarquable des pères du pouvoir absolu : HOBBES et HEGEL
Hobbes voulait rendre le Pouvoir tellement absolu que parce qu'il exécrait par-dessus tout la rechute humaine dans ce qui apparaissait, à tort ou à raison, l'état primitif, la lutte de tous contre tous.
Pour Hegel, le moteur de la société est 'La Volonté Générale', qui accomplit ce qui doit être accompli, avec ou sans l'assentiment des individus qui n'ont pas conscience du but ... la vision n'appartient qu'aux membres conscients. Ils forment 'la classe universelle' par opposition à ceux qui restent enfermés dans leur particularité.'
Ce livre formidable est une lecture indispensable pour ceux qui s'intéressent à la politique.