"Duke" est peut-être le seul album sur lequel les "deux" publics de Genesis, ennemis mortels comme chacun sait, peuvent encore se retrouver sans que cela tourne au drame. En effet, ce premier album des 80's voit la consécration de Phil Collins en tant que chanteur (il a pris une grande assurance par rapport aux précédents albums), comme batteur (d'accord, son style s'est éninemment simplifié, et on ne retrouve que rarement sa virtuosité d'avant, surtout par rapport à son autre groupe Brand X, mais il impose sur "Duke" cette "patte", cette frappe puissante et aérienne à la fois, ce son identifiable entre mille) et, pour la première fois, en tant que compositeur : "misunderstanding" et "please don't ask", signées Collins, sont deux perles pop.
Ses deux acolytes ne sont pas en reste et, si on a connu Rutherford plus inspiré (à part pour le riff tonitruant de "Man of our times"), Banks est en grande forme et reste le garant, dans le groupe, de la mélodie nostalgique et de l'arrangement grandiose (qui a dit "pompeux"?). "Guide vocal" et "Heathaze" sont magnifiques, et "Cul-de-sac" rappelle les grandes heures de "All in a mouses night", sur "Wind and Wuthering".
Quant aux morceaux signés du trio, ils annoncent ce que sera dorénavant la couleur : c'est plus puissant qu'avant, parfois symphonique mais pas trop (il faut que ça puisse passer à la radio, rendez-vous compte !) et, surtout, diaboliquement efficace. Ecoutez les trois morceaux enchaînés (si si !) qui ouvrent l'album et "Duke's Travel", instrumental (ou presque) étourdissant et captivant !
Alors voilà, "Duke", je trouve, est un bel album... Je n'irais pas, comme cela a été fait à sa sortie, jusqu'à le comparer à "The lamb" (faut pas exagérer), mais il inaugure une nouvelle ère, sans pour autant tomber dans le piège de la "machine à tubes" qu'est devenu Genesis un peu plus tard. Tiens, j'oubliais, c'est sur "Duke" qu'on trouve "Turn it on again"... Comme quoi, tous les auditeurs ne retiennent pas les mêmes chansons sur un même album ! A bon entendeur...