A ce jour Pascal Dusapin a peut-être donné dans ses œuvres lyriques le meilleur de lui-même. Je pense en particulier à Roméo et Juliette (un disque Accord). Avec cette coproduction du Staatsoper de Berlin et de l''opéra de Lyon (2006), il aborde le mythe de Faust par Marlowe, en contournant Goethe, et en ayant lui-même signé le livret, où on retrouve beaucoup de choses collées ensemble (saint Augustin sur le temps, Shakespeare, etc.). Dans cet opéra qui se souvient du théâtre de Samuel Beckett, les deux compères, Faust et Méphisto, unis comme des gens qui se connaissent trop bien, et ne peuvent ni se quitter, ni se supporter, poursuivent une conversation métaphysique qui semble n''avoir jamais commencé, et ne pas devoir finir. La mise en scène où les cinq personnages arpentent un immense cadran d''horloge est efficace et parfaitement accordée au propos, et les deux protagonistes se révèlent d''excellents comédiens. Les grandes nappes orchestrales tissées par le compositeur, suite de tensions sans résolution, suggèrent l''irrémédiable (interviewé, le chef d''orchestre évoque Bruckner). Elles disent : tout est déjà arrivé, et de révélation, il n''y en aura aucune. La critique qui pourrait aisément porter sur tel ou tel aspect de ce qu''on voit et entend ici ne rendrait qu''imparfaitement compte de l''opéra pris comme un tout, et de l''effet produit. Cette musique, sorte d''« écho sonore » de l''époque, est-elle originale ? Comment sera-t-elle appréciée dans cinquante ans ? Le compositeur prouve le mouvement en mettant un pied devant l''autre, et le reste lui importe peu.