Cet album parachève logiquement une évolution lente, longue, que Tiersen a entamée juste après ses BO à succès. A l'étroit dans ce faux costume de musicien de bal-musette qu'on lui avait taillé, il a multiplié les collaborations "rock" (Shannon Wright, The Married Monk), "électro" (Chapelier fou), "bruyantes" (Orka) au fil des ans. Collaborations qui l'ont aidé à revenir à ses premiers amours, avec une musique plus heurtée, plus puissante, plus riche, parfois violente, même.
Dust Lane ne renie en rien l'héritage des précédents albums : on retrouve toujours beaucoup d'acoustique (violon, clavecin, piano, guitares sèches...) et de mélodies très étudiées. Seulement, par-dessus, sont venues se greffer des sonorités rock et électro, qui ont été ajoutées au mixage au-dessus d'une base acoustique assez minimaliste, pour un résultat détonnant qui mèle dans chaque morceau violence et douceur, tristesse et espoir.
Mais surtout, on est saisi par les choeurs qui donnent une tonalité assez nouvelle à certains morceaux. La vraie nouveauté vient de là : Tiersen exploite désormais la voix et les choeurs comme de vrais instruments. La voix avait toujours été sous-exploitée dans ses albums : lacune corrigée !
Du coup, "Palestine" explose de révolte et de colère sous les violons, les synthé et les cris des choristes ; "Chapter 19" donne une lecture sombre et grave, presque lugbre, d'un passage d'un livre de Henry Miller ; "Till the End" démarre par des chants quasi-liturgiques et se poursuit avec la même phrase répétée à l'infini comme une incantation... Bref, comme d'habitude, c'est profond, c'est assez sombre, on ne se tape sur le ventre en écoutant ça.
Et pourtant, quelques morceaux de gaieté dans cet album, finalement pas si triste que ça : comme le dit Tiersen, c'est la vie, dans toute sa complexité !
A titre personnel, je trouve que c'est de loin son meilleur album, et il serait criminel de passer à côté de ce chef-d'oeuvre ! ;)