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5.0 étoiles sur 5
Puissance et effacement de soi, 21 décembre 2007
Ferenc Fricsay nous offre une version à la fois très personnelle de la Neuvième de Dvorak mais aussi dénuée de la moindre tentation narcissique, cherchant davantage à mettre en lumière la musique que son excellente technique orchestrale. Son Art consommé du raffinement sert à merveille sa vision d'une puissance expressive et narrative saisissantes. Chaque pupitre chante à merveille, avec pudeur mais aussi beaucoup d'implication. Plus contemplative que beaucoup d'autres qui préfèrent favoriser l'aspect le plus fulgurant de l'oeuvre (Bernstein, dans une version ultra-contrastée mais aussi tournant un peu à vide). L'Allegro molto initial avance bien mais jamais il n'est précipité : du coup, il en ressort une admirable lisibilité générale de l'orchestre. Le Largo, pris dans un tempo très lent, mais magnifiquement tenu, chante magnifiiquement. Le Cor Anglais est bouleversant et le climat général du mouvement m'émeut très profondément. Arrive le scherzo, le mouvement le plus décevant : on retrouve toutes les qualités précitées, mais le tempo général me paraît trop sage. Mais cela n'aurait-il pas nui à la conception globale du chef que le parti pris soit autre. Malgré l'opulence des sonorités, sa conception est plus apolinienne que dyonisiaque. Quant au finale, la furia des premières mesures se fait le moteur de ce qui suit. Cette version très pensée et supérieurement dominée prend la tête d'une abondante discographie. Les compléments ne sont pas sans intérêt : une Moldau d'anthologie, d'une exquise fluidité mélodique, d'une insigne poésie et d'une grandeur écrasante. Le sens des couleurs de Fricsay fait à nouveau merveille. Quant aux Préludes de Liszt, oeuvre de moindre intérêt, Fricsay fait ce qu'il peut pour sauver l'oeuvre du naufrage ... et y arrive. Un très grand disque d'un génie trop tôt disparu.
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5.0 étoiles sur 5
Le coeur sur la main, 27 avril 2007
La symphonie « Z Nového sveta » d'Antonín Dvorák fut composée en 1892-93 à l'occasion d'un séjour aux Etats-Unis.
Même si l'on peut y déceler l'évocation de chants indiens et de Negro spirituals, cette oeuvre n'est en rien une carte postale de l'Amérique, car l'influence du folklore d'Europe centrale s'y fait tout autant sentir.
Dérivée de la gamme pentatonique et d'archaïques modes hypolydiens, son harmonie particulière lui confère un langage foncièrement original, comme si le compositeur avait voulu dégager le fond commun d'un idiome universel, tel un gage de fraternité entre l'ancien et le nouveau monde.
Ce grand classique du répertoire a été abondamment enregistré, mais Ferenc Fricsay surplombe toute concurrence : intensément dramatique dans l'allegro molto, étreignant d'humanité dans le largo (avec un splendide cor-anglais, beau à pleurer), lyrique et dansant dans le scherzo...
Et quelle puissance dévastatrice dans le célèbre "con fuoco" final : écoutez la rage des contrebasses qui arrachent le crin des archets, ainsi que le rougeoiement des cuivres qui parviennent à se patiner de subtiles couleurs même dans les fortissimos !
Synthétisant spontanément cet impossible équilibre entre la perfection formelle et la sincérité du sentiment, le chef hongrois mène la Philharmonie de Berlin vers des sommets d'éloquence, habitée par une émotion poignante que ni Karajan ni même Kubelik ne retrouveront ultérieurement à ce pupitre quand ils y enregistreront cet opus.
Dans "Les Préludes" de Franz Liszt, poème symphonique d'après Lamartine, Fricsay confère à chaque volet une singulière intensité expressive : pompe de l'allegro marziale, atmosphère bucolique de l'allegro pastorale. Le retour en force de l'andante maestoso atteint une exaltation extraordinaire !
Quant à "La Moldau" de Smetana, elle coule ici à vive allure sans qu'aucun de ses méandres n'échappe à l'attention du maestro, là encore animé d'une inspiration suprême.
Plus encore que d'absolues références discographiques, ces témoignages captés en 1959 (dans une magnifique stéréophonie) sont d'enthousiasmantes et bouleversantes preuves qu'il existe un génie de la direction d'orchestre.
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5.0 étoiles sur 5
UNE BONNE DOSE DE LYRISME, 7 janvier 2010
La 9 ème de Dvorak, entendue, comme la Moldau, il y a tellement longtemps, qu'elles ont grandi avec moi....Les Préludes de Lizst....Là on est chez Hugo, celui de "La Légende des Siècles" plutôt que chez Lamartine (Lizst et Lamartine....Le Volcan et le Pâle Romantique...
Dans tous les cas, on se trouve à l'heure de l'explosions des Cultures Nationales maintenues sous le boisseau par l'Empire "MittelEuropa" des Habsbourg....Un Hongrois, deux Tchèques....Le goût de l'universel, l'amour sacré de la Patrie....ça ne suffit pas forcément à faire de la belle musique mis ça peut aider....
En tout cas, de splendides pages symphoniques, chatoyantes, colorées à l'extrême (comme chez Bonnard, Monet ou Van Gogh), brillantes, somptueuses emmenée de baguette de maître par un Ferenc Fricsay magnifique de tempérament....
Par ces temps de grand hiver et de bon froid sec, de quoi se réchauffer à une bonne flamme.....
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