Dans notre commentaire des symphonies de DVORAK, la 9e avec REINER, puis l'intégrale avec KERTESZ, ROWICKI et enfin avec NEUMANN, nous avions particulièrement évoqué d'une façon parfois lyrique la charge émotionnelle et vitale de sa musique en affirmant une filiation de HAYDN à BEETHOVEN en passant par SCHUBERT et BRUCKNER, nous basant seulement sur l'expression musicale et son écriture, les échos qu'elle éveille en soi.
Nous disions entre autre qu'il existe des affinités remarquables entre SCHUBERT et DVORAK dans leur génie mélodique. c'est le jaillissement continu d'un discours musical cohérent qui se renouvelle sans cesse, comme le géant Antée qui dans sa lutte avec Hercule reprenait des forces dès qu'il retouchait terre ! Soit les racines telluriques qui donne la force vitale au génie céleste.
Nous ne nous étions point trompé. Le musicologue, mondialement reconnu, KARL SCHUMANN l'exprime d'une façon plus philologique :
" L' humble vénération avec laquelle Dvorak ( 1841-1904 ) étudia Beethoven et observa sa technique du développement, la gratitude avec laquelle il s' inspira des tournures mélodiques pastorales et proche du lied de son protecteur Brahms (1833-1897), l' inquiétude fréquente qu'il ressentit en présence de ces grands séducteurs qu' étaient Wagner et Liszt sont incontestables, mais ce n'en fut pas moins Schubert (1747- 1828 ) qui lui délia la langue. Schubert étaient le musicien symphoniste dont le langage révélait l' influence prononcée du dialecte dans le domaine culturel autrichien, qui comprenait à cette époque la Bohême et la Hongrie. Il fut le premier compositeur non seulement à introduire la note personnelle du pays natal, du paysage et du peuple dans les mouvements de danse et les mouvements finaux, parfois perméables, depuis Haydn et Mozart, à l' idiome héréditaire, mais aussi à imprégner également les parties principales ( mouvement initial, adagio), réservées à la langue écrite ou littéraire, d'une musique liée à la nature et tendant au mysticisme naturel. C'est depuis Schubert que le dialecte pénètre, en tant que caractère spécifique substantiel et non seulement comme coloris employé à l' occasion et avec un sourire de condescendance, dans la structure thématique, le rythme, l' harmonie et la sonorité de la musique savante. (...)
Le lieu d'existence de Dvorak fut - abstraction fait de son malheureux séjour aux USA - l' ancienne Bohème du temps de l' Empereur FRançois Joseph, la patrie musicale de la Moldau où s'infiltrère de tout temps, les influences vives germano- autrichienne et tchécoslovaques."
Nous disions également avec NEUMANN que la musique de DVORAK possède au plus haut point des qualités exceptionnelles que les musicologues n'ont pas encore bien entendues ni comprises, et que La Triade d' orée de sa musique est basée sur :
1) la perfection technique compositionnelle et la maîtrise exceptionnelle de l'instrumentation.
2) Un discours musical cohérent qui avance toujours, se renouvelle constamment et sans baisse de tension ( d'où celle des auditeurs en possédant peu !) qui vous capte littéralement dans son déroulement avec une grande virtuosité expressive du langage et l'étendue de son vocabulaire musical philologique.
3) Une efflorescence poétique intense émanant d'une richesse thématique exceptionnelle avec les phrases les plus longues, unique dans l'histoire de la musique.
Cette 3e réédition KUBELIK DG récente reprend la même image, que la seconde édition, Photo noir et blanc de Prague, perspective de dômes de clochers et des flèches de la Cathédrale Saint GUY, avec disque solaire mais sans le cadre marron, ne sachant si elle a fait l'objet d' une remastérisation. Au minimum elle sera équivalente à la première édition et reprends exactement le même découpage en CD et les 3 compléments.
L'écoute sur la 1er réédition révèle des caractéristiques inverses de celles de DECCA et PHILIPS en premières éditions CD : De la profondeur, de la largeur et plus de relief. L'écoute n'est non seulement pas fatigante, mais passionnante par son relief et ses nuances . KUBELIK chante dans son arbre généalogique, c'est tout dire et dans de très bonnes conditions acoustiques, GRANDIOSE ! BOULEVERSANT.
Et pourtant enrégistrée à Jesus-Christus-Kirche, dans une église dont l' acoustique n' avait pas bonne réputation et dont les enregistrements, par exemple des symphonies de BEETHOVEN avec CLUYTENS n' est pas un modèle de clarté ! Les ingénieurs ont accomplis ici avec KUBELIK une performance en maîtrisant une acoustique impossible.
Les 3 éditions de KUBELIK et BERLIN comprennent en outre trois autres œuvres symphoniques majeures du Maître Bohémien, magnifiquement ciselées ici :
LE SCHERZO CAPRICCIOSO op. 66 / OUVERTURE CARNAVAL op. 92 / Le poème symphonique LE PIGEON DES BOIS. op. 110.
La génération prodigieuse des grandes baguettes s'étant éteinte - reste Gennady ROZDESTVENDSKY - ces 4 premières intégrales des symphonies de DVORAK compte tout particulièrement, mais dont deux sont malheureusement desservies par la prise de son.
Nous avons réécouté d' affilé cette MAGNIFIQUE intégrale de KUBELIK avec le PHILARMONIQUE de BERLIN, - et ces 3 compléments - une bonne prise de son dans une acoustique profonde avec du relief, des plans bien définis et dans l'excellence superlative de tous les pupitres en état de grâce ! Elle nous parait faire jeu égal sur la sensibilité expressive à fleur de peau avec la deuxième intégrale de NEUMANN et son exceptionnel PHILHARMONIQUE TCHEQUE.
Raphaël (1) KUBELIK, le coloriste, nous convie et nous dépeint un voyage enchanteur, d'une expressivité subtile et dense, des adagios sublimes ( oh! celui interminable de la seconde symphonie 15' 30 ) qui abolissent la notion du temps et de l'espace pour se trouver dans l' éternité d' un présent où le charisme du chef irradie palpablement les musiciens en phase avec son être et affirment la pensée d ' Heitor VILLA LOBOS : " La Musique va de cœur à cœur et d'âme à âme. C'est le premier art qui a créé tous les autres."
En écoutant NEUMANN et KUBELIK dans cet incroyable et prodigieux corpus Beethovénien-Schubertien * d' Anton DVORAK, une pensée de PALESTRINA nous vient à l'esprit pour caractériser la musique du Maître Bohémien : " La Musique est le langage de l' âme, c'est pourquoi on ne peut jamais sans lasser ".
* Beethoven pour la forme et Schubert pour le lyrisme.
Aussi, après NEUMANN et KUBELIK, qui restent en lisse dans l'intégrale des symphonies de DVORAK ??? Etant resté jusqu' à ce jour sur des impressions passées des 3 premières intégrales, et la découverte présente de la 4e chronologiquement de NEUMANN, une révision auditive pour une juste évaluation actualisée s'imposait.
Cependant, nous ne connaissons pas les 3 autres versions assez récentes de JARVI, JANSONS et GUZENHAUSER, mais seconde ou troisième pointure, à priori, lorsque l'on connait leur production. A vérifier, cependant. Nous le ferons lorsque le temps nous le permettra. Cependant les miracles techniques et interprétatifs sont très rares en matières musicales, car il existe un ordre du temps et de l'espace où surgissent à un moment donné un concours de circonstances exceptionnelles qui ne se produit qu'une fois dans l' Histoire.
De tout façon, il apparait que cette musique fortement imprégnée du sol natal, a l'air de mal supporter les voyages et les exportations !
N' oublions pas qu' 'une seule version d'une œuvre, si exceptionnelle soit - elle, est très rarement suffisante pour en goûter tous les aspects.
Les versions de références restant toujours prioritaires, vouloir le meilleur parait être naturel, selon sa disponibilité et ses propres moyens.
(1) Les prénons ne sont ni neutres et ni innocents, ils impriment dans la psyché des caractéristiques qui font la personnalité de chaque individu, ce que notre observation a constamment vérifiée. ( Voir UN PRENON POUR LA VIE de Pierre LE ROUZIC / Edition Albin Michel.)
P.S. L'ecoute sur le site AMAZON de ces CD, à 30 secondes pour chaque mouvement, est de bonne qualité pour cette édition, contrairement à la 9e par REINER qui était très déformée. Cela vous donnera une petite idée de la qualité. Mais toutefois, celà ne saurait constituer un média suffisant pour critiquer quoi que ce soit, comme certain n'hésite pas à le faire !