Le combo de Los Angeles a déjà expérimenté plusieurs vies. Deux albums en trio underground, héritiers déclarés du rap intelligent de De La Soul ou A Tribe Called Quest. Puis deux autres albums en forme de succès planétaires une fois intégrée la blonde sexy Fergie, en vecteur d’image et de refrains catchy pour un hip pop de facture idéalement populaire. Ensuite, avec les mêmes recettes, un album solo à succès pour la chanteuse, un autre à l’impact modeste pour will.i.am, le compositeur du groupe et de tout le ban et l’arrière-ban de la pop urbaine, qui lui réclame alors des titres, jusqu’à cet hymne pour la campagne d’Obama.
En 2009, B.E.P. offre un cinquième album-studio qui enfonce le clou d’un post rap mâtiné d’electro et de pop dans l’air du temps, c’est-à-dire uniquement soucieuse d’effets, de gimmicks sonores, de remixes, comme si le lange à parler était uniquement celui des DJ’s et de l’exploitation du son en club, négligeant l’aspect plus intime de l’écoute des chansons. Sur ce territoire, il est vrai que will.i.am est un tireur d’élite, « Boom Boom Pow », le single initial, est un hymne à dance floors, et un résumé fidèle de ce qu’est devenu le son B.E.P., une machine infernale, un bombardement sonique habillé pour l’été d’autotune, le logiciel incontournable qui métallise la voix et en fait un gadget apte à coloniser les charts.
Le discours, hélas, a disparu dans l’affaire, on est loin du rap conscient des premiers disques, ici, il n’est question que de « party », de faire la fête, de sortir en club, de se vautrer dans un positivisme forcené que l’élection d’Obama a cristallisé, mais ce discours-là est forcément très vain, quand il se limite à des slogans. Autre élément de doute, B.E.P. a invité David Guetta, le DJ emblématique des campings, à produire avec eux quelques titres, pour sans doute lui emprunter son aisance dans l’élaboration du hit vulgaire et efficace (le très cheesy « Rock Your Body », débordant de cholestérol malgré le sample de « It Takes Two », classique des vétérans Rob Base et DJ E-Z Rock).
Sa fibre popu. Dans « Electric City », c’est au dancehall que Fergie se voue, toujours dans un souci d’efficacité immédiate. « Imma Be » lorgne, lui, du côté du Dirty South, mais l’ensemble de ce disque festif est plus précisément orienté vers une electronica infusée dans la pop que dans le hip hop strict sensu. The Energy Never Dies, c’est l’acronyme qui intitule l’ensemble, et si l’énergie est non feinte, et le savoir-faire difficile à remettre en cause, on peut regretter qu’elle soit l’unique moteur du projet.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story