Evol. Love à l'envers, officiellement, mais depuis toujours dans mon esprit un néologisme pour signifier 'Evoluer'. Car d'évolution, il en est bien question dans ce troisième album studio du quatuor new-yorkais. Exit Bob Bert, et bienvenue à bord au jeune Steve Shelley, autrefois batteur chez les Crucifucks, qui va dès lors devenir pour les nombreuses années à venir le quatrième membre officiel du groupe.
Il apporte immédiatement sa rigueur rythmique aux compositions, qui s'apparentent nettement plus que par le passé à des chansons conventionnelles. Si l'on peut qualifier de conventionnelles des chansons dont les refrains consistent en des passages instrumentaux chaotiques, ou d'autres qui saccagent consciencieusement les riffs trop évidents. Dans un monde sonique, ces chansons seraient sifflotées par tous. Dans la réalité elles peuvent seulement devenir pour tous ceux que le rock formaté ennuie de salutaires tubes intimes.
Donc, des chansons à l'air avenant se fracassent dans un déluge de guitares obliques et merveilleusement dissonantes (Tom Violence, Green Light, Starpower). Un instrumental féroce (Death To Our Friends) succede à un OVNI spoken-word de Lee Ranaldo (In The Kingdom #19). On y croise aussi une méditation au piano, menacée par des larsens, chantée par Kim Gordon (Secret Girl), l'expérimental Marylin Moore, le ténebreux et sensuel au possible Shadow Of A Doubt, comme dans un rêve (Kiss Me On The Lips nous susurre Kim Gordon), entièrement basé sur les harmoniques des guitares aux accordages improbables de Thurston Moore et Lee Ranaldo. Le disque se termine avec le grand classique Expressway to your Skull, ultime morceau de bravoure, où une partie chantée mélodique suivie d'une déflagration sonore s'étire ensuite en un passage atmosphérique et rêveur (qui sur le vynile d'origine ne s'arrêtait jamais).
La réedition a cru bon de rajouter une reprise de Kim Fowley, Bubblegum, jouée par le groupe avec une bonne dose d'ironie et de détachement, et qui se révèle finalement assez cool mais pas indispensable.
Brillant, bruyant et délicieusement brouillon, le disque ne perd jamais son fil mélodique et gagne ainsi une certaine accessibilité par rapport aux précédentes oeuvres du groupe. L'électricité pénètre sous la peau et parcourt chacun de vos nerfs, vous envoûte vous agite et vous essore, avant de vous laisser enfin respirer, conquis, revigoré, béat.
Le seul reproche qu'on peut lui apporter concerne la production. La puissance de ces guitares indomptables est édulcorée par la quantité de réverb qui les recouvre et un son relativement fin.
Malgré cette légère réserve, Evol constitue l'un des albums essentiels, et donc indispensable, d'un groupe fondamental dont le génie ne s'est jamais démenti au cours des années 80.