Après le très conceptuel
Outside, David Bowie étonne avec
Earthling un de ses album les plus maîtrisés et les plus risqués, rencontre de musiques club et de mélodies pop. Il décide de se colleter aux tout nouveaux rythmes électroniques de la techno et surtout de la « jungle » ou « drum’n’bass » dernière création musicale anglaise, déluge de rythmiques de batteries accélérées. Sur
Earthling, Bowie va assimiler ces nouvelles sources dans des cadres classiques de « pop songs ». L’album enregistré à New York dans l’improvisation réunit Mark Plati, producteur, bassiste et ingénieur du son, Reeves Gabrels, le guitariste déjà présent sur
Outside, le pianiste Mike Garson, la bassiste Gail Ann Dorsey et le batteur Zachary Alford. Dans
« Telling Lies », Bowie rencontre le style « jungle ». Sous un imposant « mur du son », mix de guitares métal et de rythmes drum’n’bass et techno, il livre des mélodies aux textes très travaillés, le but étant d’incorporer les recherches technos et jungle comme « base » de travail.
« Little Wonder », dédié à Gail Ann Dorsey, bombe « dancefloor », reste un des plus violents singles de sa carrière. Les breakbeats déchiquetés mêlés à des guitares tonitruantes basculent le morceau dans un magma sonore intense avec un texte assez loufoque revisitant « Blanche Neige et les sept nains » dans un contexte urbain et crasseux. Ce single se hissa aux premières places des charts anglais. Plus calme,
« Looking for Satellites », magnifique pop song, possède tous les attributs du single idéal : intro parfaite, solo de guitare recherché, et accroche vocale phénoménale. On retrouve le thème de la science-fiction, clin d’œil à
« The Man who sold the world » sous un angle plus désabusé. Le renversant
« Battle for Britain », opère une synthèse entre des éléments jazz et les percussions syncopées de la « drum’n’bass ». Malgré la force de frappe sonique (le riff de Reeves Gabrels), l’ambiance du morceau reste mélodique. L’interaction de la batterie de Zachary Alford et des parties de piano de Mick Garson confère au morceau son caractère hybride et singulier qui en font un des titres phares de l’album.
« Seven Years in Tibet » précédemment intitulé
« Brussels » allie des couplets chuchotés et un refrain frontal avec guitares et batteries survoltées. La partie d’orgue de Mike Garson, colore habilement cette réflexion assez « codée » sur le bouddhisme, hommage au peuple tibétain maltraité par la Chine. Le rythme s’accélère avec
« Dead Man walking » morceau euphorisant taillé pour devenir un hit dancefloor. Le riff d’origine fut emprunté à Jimmy Page et déjà utilisé par Bowie pour
« The Supermen » en ...1970. Quelques notes en cascade de Mike Garson viennent idéalement terminer ce titre énergique dont le texte est un hommage à Neil Young.
« The Last Thing You Should Do » est une tentative de « jungle » ambient. Après quelques couches de guitares métal, de grosses basses à la Goldie emmènent la musique vers des contrées plus industrielles.
« I’m Afraid Of Americans » seul morceau co-signé avec Brian Eno est une charge violente contre le mode de vie américain. Bowie fut ulcéré en découvrant à Java un Mac Donald, symbole de l’ invasion du monde par une culture américaine standardisée et omniprésente. Il alterne couplets sinueux et menaçants et refrain electro-industriel dévastateur. Dans l’étrange
« Law (Earthling on fire) » une mélopée techno supporte cette curieuse phrase inspiré du philosophe Bertrand Russel: « I don’t want knowledge/ I want certainty » Pour obtenir une sonorité inattendue, il chanta dans un bidon réfrigérant accentuant le côté désincarné et froid de la chanson
. « Law » clôt l’album avec brutalité.
Earthling fut jugé durement par la presse musicale qui taxa Bowie de jeunisme, d’opportunisme, le renvoyant à son âge vénérable. Dix ans après, s’il est marqué par le son de l’époque, il est l’un des albums les plus audacieux de Bowie le plaçant bien au-dessus de la mêlée de ses contemporains.
de Bowie le plaçant bien au-dessus de la mêlée de ses contemporains.
François Bellion - Copyright 2012 Music Story