Les chansons de Bonnie Prince Billy sont si arides qu'elles en deviennent imperméables. Pourtant, sans prétendre un jour rassembler les foules, le chanteur folk s'est déjà constitué une base fidèle de fans, qui se précipitent sur chaque livraison comme des assoiffés. Alors, pour son nouvel album, Ease down the road, Bonnie Prince Billy a choisi de garder le cap. Malgré l'impression globale que le disque dégage lors des premières écoutes -un sentiment proche de la névrose-, les compositions indolentes imposent aux auditeurs énervés de prendre leur courage à deux mains et de laisser venir ces mélodies cousues dans de la dentelle. Ça ressemble à de la tristesse, mais point du tout. Le troubadour américain aime plonger dans cet univers neurasthénique, et c'est bien dans ces troubles somatiques qu'il soigne son mal. Hanté par la désillusion et l'abattement, Ease down the road, en se découvrant, propose contre toute attente des refrains de plus en plus intenses et accrocheurs. De loin, May it always be fait preuve d'un minimalisme repoussant, avant d'enchanter par son gimmick souffreteux. Just to see my holly home et Break of day sont, quant à elles, des chanson pop qui frôlent l'état de béatitude totale. Grand dark feeling of emptiness ou Rich wife full of happiness, enfin, concluent pour leur part l'album dans une espèce de folk-country sauvage et rêveur. Car à partir de maintenant, il est permis d'y croire.