Encore davantage que ses propres compositions (petites histoires, de petits personnages, inscrits dans la course d’un grand pays, tout du moins par la superficie, et préoccupations tournant essentiellement autour du rapport à l’autre, et donc à la femme), Will Oldham, alias Billy, pratique talentueusement la fiction identitaire, qui lui laisse accroire qu’il est ici, plein et entier, comme il le fut en nom propre, ou sous les diverses appellations de Palace.
Alors que, comme chacun peut le supposer, toutes les incarnations portent de profondes traces de celui qui se voudrait démiurge, mais le plus souvent ne parvient qu’à être le haut-parleur de ses propres névroses. C’est pour cela que l’on doit se réjouir à l’écoute d’
Ease Down The Road (moins brillant, c’est-à-dire moins riche en paillettes introspectives, mais sans nul doute plus sincère que son prédécesseur, le salué
I See a Darkness).
Ici, non seulement Billy va mieux (ce qui, après tout, ne regarde que lui), mais le chante avec talent et détermination. Dans le jeu à cache-cache avec ses propres déchirements, l’Américain est même parfois contraint de s’abriter du soleil (de l’amour, du bien-être, de la sérénité).
« After I Made Love To You », aisé sommet du disque, cesse ainsi de tergiverser, et affronte certaines difficultés existentielles avec force et déterminisme. Systématiquement flirtant avec la mince ligne de l’indécence, et de l’exhibitionnisme, Billy, ici authentique auteur, compositeur, et interprète, offre un bouleversant document sociologique sur un début de siècle. Et, partant, un très bon disque.
A noter que les trois frères Oldham, comme à l’accoutumée sur le pont, accueillent ici, pour un texte distancié, le cinéaste californien Harmony Korine, temporaire parolier de Björk.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story