Comme son nom l'indique, le Butterfield Bues Band joue du blues. Et son leader Paul Butterfield est dans la lignée des Anglais Alexis Korner ou John Mayall, un « chef d'orchestre » recruteur et découvreur de talents. Avec comme souvent un temps de retard dans le début des sixties, les Américains font la même chose que les Anglais.
Et ce « East - West » de 1966 ressemble beaucoup dans son esprit à un disque comme le « Blues Breakers with Eric Clapton » de Mayall. Avec ici aussi l'émergence d'un autre surdoué de la guitare, Michael Bloomfield. Butterfield et ses boys ont déjà fait leurs preuves en accompagnant Dylan aux débuts de son « virage » électrique, cédant ensuite la place au Band.
Ce disque, le dernier avec Bloomfield qui partira bientôt former Electric Flag, est souvent considéré comme la pièce maîtresse du BBB ; il correspond en tout cas au « casting » le plus célèbre de la formation, avec Jerome Arnold, longtemps accompagnateur de Howlin' Wolf, l'autre guitariste pas manchot Elvin Bishop, les claviers de Nick Gravenites. S'enchaînent avec une alternance métronomique blues roots et titres rythm'n'blues, chaque face du vinyle d'origine se concluant par une jam instrumentale.
Ça commence par « Walkin' blues », du Maître Robert Johnson, mettant bien en valeur l'harmonica et la belle voix de Paul Butterfield, le rythm'n'blues traînard du classique d'Allen Toussaint « Get out of my life, woman », et ça déroule jusqu'à l'instrumental « Work song », reprise au jazzman Nat Adderley, mêlant jam bluesy sur fond rythmique jazzy. Avec tout au long de ces titres un Bloomfield étincelant, titillé par un Bishop pas en reste ...
« Mary Mary » (rien à voir avec le titre des Blasters repris par Shakin' Stevens) est un blues dans la ligne du parti, pas le meilleur du disque, auquel succède un « Two trains running » plus enlevé. « Never say no » risque de causer un choc aux fans des Doors qui entendraient ce morceau pour la première fois. On jurerait un titre de « L .A. Woman », rien de moins. Blues très lent, voix très grave de Butterfield. Ce qui permet de citer la doublette Paul Rotchild et Bruce Botnick, producteurs de Butterfield et ensuite aux manettes derrière tous les disques des Doors, ceci expliquant sans doute cette similitude. Ce « East - West » se clôt par le titre éponyme aujourd'hui le plus problématique selon moi, interminable (presque un quart d'heure) jam sous forte influence des ragas indiens et des musiques arabes et orientales, exercice de style un peu vain auxquels tous les groupes du psychédélisme alors naissant n'allaient pas échapper. Le genre de morceau encore plus efficace que le carbone 14 pour dater un disque ...
Le départ de Bloomfield entraînera un désintérêt progressif pour le BBB, bientôt supplanté sur son propre terrain par la rusticité monolithique d'un Canned Heat. Jusqu'à sa mort au milieu des années 80, Paul Butterfield ne retrouvera jamais l'audience qui fut la sienne à l'époque de ce « East - West » ...