A la suite d’un deuxième album qui déconcerta assez ceux qui avaient suivi le Patti Smith Group depuis
Horses en 1975, la poétesse était attendue au tournant pour son troisième en 1978. D’emblée la pochette de
Easter fait ricaner ses détracteurs machistes à cause de poils sous l’aisselle (et alors ?), mais ses adeptes considèrent vite l’album comme son meilleur jusqu’ici, son plus accessible, et le plus commercial.
Publiée en même temps, la chanson mi-pop mi-variétés
« Because The Night » est n°5 en Grande Bretagne en mai, n°13 aux Etats-Unis, et parvient lentement en France au mois d’octobre à la 26
ème place des meilleures ventes de 45 tours). Ecrite par Bruce Springsteen avec un texte remanié par Patti Smith, elle était destinée à l’album
Darkness On The Edge Of Town de Springsteen, dont l’ingénieur du son était Jimmy Iovine (futur fondateur du label Interscope), également producteur de
Easter, en même temps et dans le même studio à New York. C’est lui qui est à l’origine de son enregistrement par le P.S.G., Springsteen considérant qu’elle ne convenait pas à son propre album. Cette chanson demeure encore aujourd’hui la carte de visite de Patti Smith.
« Space Monkey » et son intro à la Doors, co-écrit avec Tom Verlaine et le bassiste Ivan Kral, semble en effet tout droit sorti de
L.A. Woman et d’un recueil de poèmes de Jim Morrison ; Patti Smith y est à la fois tendre et hargneuse, complètement immergée dans sa chanson, un tour de force que son groupe et elle conserveront à leur répertoire de scène. Tout comme le menaçant
« Rock n Roll Nigger » (le titre prévu pour l’album, avant que le choix ne se porte sur le religieux
Easter – la résurrection-) : « Outside of society, That's where I Want to be ! ».
Sur des airs martiaux et un ton arrogant ou cajoleur, Patti Smith prêche, fustige, avec une succession de grossièretés alors absentes du rock féminin, et toute une nouvelle génération s’y reconnaît, notamment féminine. Elle exhume le formidable
« Privilege (Set Me Free) » de Paul Jones, une allégorie qui convient à merveille au thème général de son album, chanson tirée du film anglais
Privilege de 1967 dans lequel Paul Jones personnifie un chanteur pop désabusé et manipulé par l’Eglise pour le convertir en prophète...
Comme l’écrivait avec prémonition le critique rock Dave Marsh (premier biographe de Bruce Springsteen) en avril 1978 : « la carrière entière de Patti Smith a été une aventure héroïque, une quête moderne, qui explique sans doute pourquoi elle a souvent parue si dangereusement suicidaire… Alors que d’autres artistes tentent d’écrire sur l’apocalypse et le chaos, Smith fait de son mieux pour créer, pas seulement représenter, des événements actuels ; elle est réellement convaincue que la musique peut nous libérer, comme elle l’a fait pour elle-même. Je suppose que Patti Smith ne peut pas marcher sur l’eau. Mais j’aimerais la voir essayer ».
Easter a été Disque d’or en France six mois après sa publication.
La version CD de 1996 contient le titre supplémentaire
« Godspeed ».
Jean-Noël Ogouz - Copyright 2012 Music Story