EASY RIDER est un film important dans l'Histoire, ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il soit réussi. Il marque le renouveau d'un cinéma américain sclérosé, bâti encore autour de quelques stars vieillissantes (John Wayne, James Stewart) par des directeurs de Studio tout puissants. A l'instar de la Nouvelle Vague française, de jeune comédiens ou réalisateurs vont défier les studios, en achetant les droits de scénarios, adaptant, produisant eux mêmes leurs films. Parmi eux, Warren Beatty, Jack Nicholson, Peter Bogdanovich... Inspiré par Godard, notamment, il vont faire un cinéma plus léger, moins cher, plus libre, et surtout attaquer de front la bonne moralité américaine. Ces films vont immédiatement rencontrés le public, et deviendront des succès. Fatalement, les Studios ne se laisseront croquer les mollets par ces jeunes coqs ! Ils vont rapidement mettre fin à la rébellion, et cette génération de nouveaux réalisateurs rentrera dans rang.
EASY RIDER est le prototype même du road movie. Deux motards, après un deal de coke, traversent les Etats Unis à moto. Ils vont croiser un certain nombres d'individus, et tenter des expériences hallucinatoires et sexuelles. Ce film est le produit type de la contre culture des années 60, sur fond de musique rock et psychédélique (des extraits de disques existants, procédé assez inédit pour l'époque, que Scorsese reprendra par la suite), de robe à fleurs, et d'Amérique profonde, hermétique au changement et à cette nouvelle jeunesse.
Co-réalisé par Peter Fonda et Dennis Hopper, EASY RIDER a beaucoup souffert de la rivalité des deux hommes. On est peut être artiste, libres penseurs, on n'en reste pas moins producteur et homme d'affaires ! Bataille d'égo et de fric furent le quotidien du tournage, que les shoots à répétition ne devaient pas rendre très clair ! Le scénario est minimaliste, la mise en scène s'empêtre dans des effets visuels très datés (la scène du cimetière), et le rythme est peu soutenu. Reste une bande son d'anthologie, qui a beaucoup fait pour le succès de film, et surtout quelques moments cultes, comme la rencontre en prison avec Nicholson, et bien sûr la scène finale, d'une grande violence. Le regard porté par les auteurs sur leurs contemporains est loin de l'imagerie hippie, ce film s'apparente davantage à une longue glissade qui se termine dans un mur, qu'une parenthèse enchantée. Reste surtout le souffle d'une aventure, un vent de liberté et de contestation salutaire, une oeuvre rafraîchissante, inédite, qui inspirera toute une génération de réalisateur.
Dans un genre similaire, je préfère un film de 1970, proprement stupéfiant (c'est le cas de le dire !), doté d'une vrai mise en scène sans faille, et qui n'a rien perdu de sa virulence : POINT LIMITE ZERO de Richard Sarafian. Film rare, culte, à voir absolument !