Dire que le deuxième opus de The Rapture était attendu relève d'un doux euphémisme. Surtout depuis la reprise en main du groupe par le binôme DFA, fer de lance du disco-post-punk new-yorkais
Surtout depuis le coup de maître de l'inusable single "House Of Jealous Lovers" et de son remix par Morgan Geist. L'écoute d'
Echoes confirme ce que l'on était en droit d'attendre de l'album : un son sec et artisanal, un vaste spectre d'ambiances (plus ou moins rock, plus ou moins électroniques) et le rapatriement de nombreuses influences : Gang of Four, PIL, Joy Division ou encore Cure pour les intonations de la voix de Luke Jenner. On retrouve ici quelques dignes descendants de "House Of Jealous Lovers", explorant la même mutation funk-punk : "The Coming Of Spring ", "Echoes"
Mais la surprise viendra plutôt de la ballade "Open Up Your Heart", de la disco digitale et rachitique de "Olio" ou de l'electro de "Killing", titre assuré de faire fureur dans les "block-parties" ! new-yorkaises. À la fois attachant et désincarné, fantomatique et direct,
Echoes donne l'impression que The Rapture n'a pas encore trouvé sa voie. C'est bien là le charme du groupe.
--Fabrice Privé
Une voix tourmentée, à la Robert Smith (mâtinée d'un peu de Johnny Rotten), une partie de piano mélancolique sur un tapis de synthés antédiluviens, des riffs de guitare qui n'ont que la peau sur les os, un rythme enlevé, assuré à la fois par une vraie batterie et une boîte à rythmes et, au loin, une sorte de phrase en morse, répétée en boucle : première plage de ce disque,
« Olio » met vraiment très bien dans l'ambiance.
Presque sur chaque chanson de ce long album (
« I Need Your Love »,
« Love Is All »), le but de The Rapture semble être de faire danser le public tout en parlant sans arrêt de choses sérieuses, d'un certain manque, voire d'un mal-être existentiel, mais après tout, ça a déjà marché ailleurs bien avant, chez New Order et consorts, notamment. En cela, il se démarque de groupes comme !!!, qui ne recherchent que la pure déconnade, quand ils ne matraquent pas des slogans politiques plutôt déplacés.
Le groupe ne craint pas la dissonance, non plus (surtout quand vient le moment du solo de guitare), voire une légère incongruité, avec le saxophone, encore discret. Et quand il veut délivrer un message d'optimisme, on a beaucoup de mal à le croire, ainsi dans le lent et cafardeux
« Open Up Your Heart », un des rares titres d'
Echoes dépourvus de synthé.
Sur le
« Infatuation » final, on échappe même de peu à la dépression nerveuse. La patte de Tim Goldsworthy et James Murphy, l'entité bicéphale de DFA, à qui a échu la production, est quand même reconnaissable, à tel point qu'une fois cette oeuvre sortie, les avis seront loin d'être unanimes à son égard : revival caché de la disco
cheap pour les uns, courageux parti-pris esthétique, diront les autres...
Un disque à connaître et à avoir, en tout cas, tant il est parvenu à coller à une époque déjà assez incertaine et tourmentée. Et dans le sillage de son titre-phare,
« House of Jealous Lovers », la jeunesse des clubs (peut-être plus angoissée qu'elle ne veut l'admettre) l'a mené au triomphe. La musique de l'avenir? Peut-être pas, mais ça y ressemble assez...
Frédéric Régent - Copyright 2012 Music Story