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8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Une oeuvre essentielle de l'écologie,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Ecologie, communauté et style de vie (Broché)
En France, l'écologie profonde (deep ecology en anglais) a mauvaise presse. D'une façon générale, elle est très méconnue hormis de rares spécialistes universitaires. Le seul ouvrage, en rendant compte et ayant eu un certain succès public, est « Le nouvel ordre écologique », essai écrit par Luc Ferry au début des années 90 ; un livre qui, en l'occurrence, a sévèrement attaqué ce courant, cherchant à en épingler les penchants anti-humanistes. L'écologie profonde est parfois aussi associée à l'éco-terrorisme, par exemple dans le roman de Jean-Christophe Rufin, « Le parfum d'Adam », un thriller tout à fait palpitant au demeurant.Toujours est-il qu'il était temps de pouvoir enfin accéder directement à ce courant, sans forcément passer par un éventuel intermédiaire critique. C'est chose faite avec la traduction en français de l'oeuvre maîtresse du principal inspirateur de l'écologie profonde, le philosophe norvégien Arne Naess, « Écologie, communauté et style de vie ». Ce livre date, dans sa toute première édition norvégienne, de 1976. Il a été profondément revu et amendé pour l'édition américaine de 1989. Mais il aura encore fallu attendre près de vingt ans pour qu'il bénéficie d'une traduction et d'une édition françaises. L'ouvrage est dense, parfois difficile, parfois fastidieux. Par ailleurs, face à certains développements qui peuvent paraître banals, le lecteur doit toujours se rappeler que la première rédaction date de plus de 30 ans... En fait, Naess distingue une approche générale de l'écologie profonde et une contribution qui lui est plus personnelle et qu'il appelle « l'écosophie T ». L'approche générale est construite autour d'une « plateforme » en huit principes que l'on peut brièvement résumer ainsi : « L'épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre a une valeur intrinsèque ». « Les humains n'ont pas le droit de réduire [la] richesse et [la] diversité [des formes de vie] sauf pour satisfaire des besoins vitaux ». « L'épanouissement de la vie humaine et des cultures est compatible avec une baisse substantielle de la population humaine. L'épanouissement de la vie non humaine nécessite une telle baisse » (p. 61). Dans les six premiers chapitres, l'auteur s'emploie à préciser ces principes, mettant tour à tour l'accent sur les aspects technologiques, économiques, philosophiques, et politiques. On constate alors que la thèse développée sort fréquemment du registre extrémiste dans lequel des auteurs tels que Ferry ont prétendu la voir circonscrite. Ainsi, par exemple, « les objectifs du mouvement de l'écologie profonde n'impliquent aucune dépréciation de la technologie ou de l'industrie, mais impliquent un contrôle culturel général du développement » (p. 161) ou alors, dans le domaine économique, Naess reconnaît l'utilité de conférer une valeur monétaire à l'environnement pour améliorer la prise de décision (voir pp. 188 et 189), alors que cette possibilité économique est généralement supposée aux antipodes de la pensée écologiste. Enfin, bien que l'écologie profonde définisse des droits en faveur des non-humains, elle ne perd pas de vue, pour autant, la singularité de l'espèce humaine (cf. p. 249 sqq.). Cependant, il faut attendre la partie relative à l'écosophie T pour mieux comprendre les fondements de l'écologie profonde. En l'occurrence, l'écologie profonde a pour socle une ontologie selon laquelle tout est interrelié et, comme l'écrit Arne Naess, « La vie est fondamentalement une » (p. 244). On remarque bien sûr les liens évidents avec les enseignements de l'écologie scientifique, lesquels insistent sur l'importance des interdépendances, mais Naess explicite aussi un certain nombre d'inspirations philosophiques, voire religieuses, telles que Spinoza ou la pensée orientale (bouddhisme, taoïsme), sans oublier le christianisme. En définitive, le livre exprime une pensée riche, bien plus nuancée qu'on ne le pense généralement ; une pensée qui, certes, n'est pas exempte de limites et de faiblesses - que met en évidence l'excellente postface d'Hicham-Stéphane Afeissa - mais qui mérite d'être considérée comme formatrice de l'un des courants les plus importants de l'écologie politique. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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