L'aura intellectuelle dont a bénéficié et bénéficie encore le psychanalyste Jacques Lacan auprès d'une partie du grand public cultivé sera probablement considérée avec stupéfaction dans quelques décennies, si on le lit encore. Sans entrer dans le détail de ce que Lacan valait comme théoricien et praticien de l'analyse, il faut constater l'évidence : ses Ecrits ici rassemblés sont incompréhensibles au profane, même concentré. On peut apprécier quelques formules, jeux de mots et pitreries au passage (dont celle du titre de ce message tente de donner une vague idée) mais l'ensemble est hermétique.
Faut-il s'accrocher et tenter de comprendre ? Ce n'est peut-être pas nécessaire, car Lacan ne manquait pas de facétie. Injectant avec entrain des concepts de physique ou de maths en psychanalyse, il a été pris en flagrant délit de pipotage incontestable plus d'une fois (voir Sokal et Bricmont, "Impostures intellectuelles" 1997). Quelques exemples ne suffisent pas à discréditer toute une oeuvre, certes, mais comment savoir où Lacan-cre-du-fond-de-la-classe se moque de nous, comme aurait dit l'intéressé ? Dans les écrits, il est possible d'intervertir des paragraphes ou de sauter des phrases sans qu'il y ait perte de sens apparent ! C'est tout de même un peu gênant.
Ce modeste avis n'infléchira pas la position des pro et anti-Lacan. Il est simplement destiné aux curieux qui se demandent à quoi peut bien ressembler la pensée du grand Psy. Faites le test. Lisez les écrits, refermez les : vous ne le saurez probablement pas davantage qu'avant de les avoir ouvert.