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Commentaires client les plus utiles
3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
L'un des romans de l'année,
Par Goldeneyes (Paris) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ecrivains (Broché)
Ayant bénéficié de la bourse Jean-Gattégno 2008 du Centre national du livre pour la rédaction de son dernier ouvrage, Antoine Volodine nous revient cette année avec "Ecrivains", OLNI giratoire vertigineux qui élargit davantage la définition du Post-exotisme dont l'écrivain aux visages multiples est l'initiateur. Petite plongée sans retour dans un univers opaque, échappant à tous les canons de la littérature pour repousser les limites de l'acte d'écriture et forcer les lecteurs à réorganiser considérablement leurs deux hémisphères cérébraux."Ecrivains". Le titre sobre, presque solennel, devrait augurer d'une définition pragmatique. Mais sous la plume de Volodine, bien sûr, il n'en est rien. "Ecrivains" regroupe sept portraits, sept images figées, sept fractions conjointes et disjointes qui, assemblées, dresse le panorama mosaïque du courant post-exotique. Pour les néophytes en la matière, l'immersion risque d'être rude. Pour les adeptes de l'écrivain, le passage sera moins éprouvant : ils se retrouveront rapidement en territoire familier. Car sous la narration d'apparence éclatée et diffuse, le canevas, les codes qui cimentent la vision post-exotique répondent ici à l'appel : échos et symétrie des différents textes, qui, tour à tour, se répondent ou se reflètent ; atmosphère viciée, terriblement oppressante, voire aliénante, émanant d'un cadre indéfini ; personnage prostrés dans les ténèbres et perclus de souffrances ; primordialité de la voix sur toute chose ; omniprésence de l'inertie et de la vacuité ; discours latents d'une forme d'activisme de l'entropie, de militantisme du nihilisme ; rémanences obsédantes de visions rattachées aux traumatismes collectifs des génocides du XXème siècle ; systématisation de la claustration des personnages... La liste est longue de ces points unitaires vers lesquels ces sept portraits convergent, et la vision que nous donne Volodine de ces sept écrivains s'annonce aussi originale que dérangeante. Dérangeante, comme le portrait de Mathias Olbane qui ouvre le bagne. Un écrivain condamné par l'existence à tous les niveaux : condamné à vingt-six ans d'emprisonnement pour avoir été « l'assassin des assassins », condamné à souffrir d'une maladie dégénérative de l'épiderme qui le ronge peu à peu, faisant de lui un monstre aux yeux des autres. Sa condition se caractérise par la souffrance et le vide : il est un paria, un rebut, dans un contexte social et politique nébuleux au sein duquel gronde la menace lointaine de la révolte. Sa réalité, noire, semble comme enfantée par le chaos. Il souffre aussi des limites formelles et expressives de son outil : la langue. Alors il entame une aeuvre nouvelle qui consiste à inventer des mots inédits et les compiler, sans but, sans fin. Sellé à la médiocrité de son quotidien, il ne trouve ni la force ni la volonté de se donner la mort. Il reste ainsi claustré, prisonnier d'un présent éternel où la vacuité de son existence et la souffrance de son corps comme de son esprit se prolongent, semblables à d'interminables cris silencieux. Mathias Olbane, ou la figure dépressive de l'écrivain déchu. Second portrait de ces écrivains, Linda Woo. Enveloppée de ténèbres, elle oscille dans sa geôle exigüe, en transe, et sa voix résonne au-delà de la nuit : son monologue, seule arme capable de repousser sa solitude et combattre l'oubli, expose ce qui pourrait tout à fait passer pour un manifeste du Post-exotisme défini ici comme « l'aeuvre de la révolte contre les maîtres assassins ». La présence de « brûlés » venant la visiter au cours de sa transe évoque, comme une passerelle intangible, les corps immolés d'Avec les Moines Soldats de Lutz Bassman, autre visage de Volodine. Rémanences obstinées qui traversent les frontières poreuses des aeuvres rattachées au Post-exotisme pour en asseoir la cohérence souterraine. Cadre indéfini, obscurité cancéreuse, la voix comme unique vecteur de l'existence : Linda Woo incarne l'un des innombrables visages du Post-exotisme. Troisième portrait, peut-être l'un des plus prenant de ce panorama, celui d'un écrivain dont on ne saura jamais le nom. Mais bien sûr, toute nomination est superflue : lui aussi n'est qu'une des voix anonymes appartenant à la multitude diffuse du Post-exotisme. Interné en hôpital psychiatrique, l'écrivain est retenu prisonnier par deux patients qui ont fomenté une rébellion et renversé le corps médical en assassinant ses représentants. Tandis que d'obscures forces de l'ordre s'apprêtent à donner l'assaut aux portes de l'asile, l'écrivain est soumis à un interrogatoire et malmené. Pour échapper à la souffrance de l'instant, il se réfugie dans son passé et retourne à la source de sa vocation : à l'âge de cinq ans, en classe, lorsqu'en lui s'est déclaré le besoin compulsif d'écrire. Texte de haut vol à l'angoisse palpitante. Les visions fragmentées de cette étape décisive de sa vie se heurtent aux maltraitances et à l'hermétisme accablant de ses deux tortionnaires avec lesquels toute communication est impossible. Volodine met en exergue ce qui préside à la volonté d'écriture. Ici, le besoin de l'écrivain n'est pas incubé ex-nihilo : en noircissant ses protège-cahiers, il n'a pas l'impression d'entamer une aeuvre, mais d'en poursuivre une antérieure, laissée en suspens par une autre voix avant lui. Comme si la somme des écrits se rattachait finalement au même fil, émanait de la même source, comme si les écrivains étaient reliés, connectés au-delà du temps et de l'espace, que leur création imitait une longue chaîne collective perpétrée par des mailles sans cesse renouvelées. La prose est échevelée : de longues phrases s'étalant parfois sur trois pages, sans respiration, sans ponctuation. Une logorrhée incontinente et frénétique, aliénée et aliénante, qui souligne le caractère dramatique et oppressant de la scène. Jusqu'au point final, et fatal : car rien ne peut taire la voix de la création. Rien, excepté la mort... Quatrième portrait. « Remerciements » prend la tournure d'un entracte bienvenu. Volodine se met dans la peau d'un écrivain adressant ses gratitudes aux rencontres et connaissances diverses qui ont participé de près ou de loin à l'élaboration de son aeuvre. Le ton tranche agréablement avec l'angoisse sourde des autres textes : ironique, piquant, drôle, porté sur l'autodérision, Volodine brocarde les travers multiples d'une vie d'écrivain. Sont passées au crible de sa plume les conquêtes féminines, innombrables, les sources d'inspirations, les échecs, les passages à vide. Difficile de ne pas sourire à l'annonce des faits qui ont conduit l'écrivain à deux années d'internement en clinique psychiatrique : une proposition de réintroduction des espèces menaçantes en zone urbaine - anthropophages, coupeurs d'oreilles, réducteurs de têtes - sous le motif d'assurer une plus grande biodiversité dans les agglomérations. Fragment pimenté de la mosaïque volodienne qui ne dépare pourtant pas l'ensemble : car en arrière-plan à ces « Remerciements » empreints de légèretés, le cadre extérieur demeure le même : un monde post-apocalyptique encore marqué des scories du siècle passé et des sombres processions mortuaires charriées par les génocides des peuples malades. Cinquième portrait : "La stratégie du silence dans l'aeuvre de Bogdan Tarassiev". Texte à forte propension borgesienne. Volodine rédige ici l'exégèse de l'aeuvre d'un écrivain imaginaire, Bogdan Tarassiev, ayant entamé sa carrière littéraire en 2017. Antoine Volodine / Bogdan Tarassiev : mêmes métriques syllabiques, même symétrie des assonances : en se plongeant dans l'étude de la bibliographie de cet écrivain fictif, Volodine contemple sciemment le reflet de son propre visage réfracté, analyses les clés de sa propre aeuvre, met en lumière son propre parcours... La finalité reste la même : tenter d'arrêter une image du Post-exotisme. Les personnages et rôles secondaires de Tarassiev ont cette spécificité de porter des noms phonétiquement semblables : sous un même nom, plusieurs identités. Tarassiev souffre d'un manque cruel de reconnaissance. Son corps est rongé par un psoriasis galopant. Trop en avance sur son temps, ses romans demeurent incompris du plus grand nombre et ne trouvent d'écho favorable que chez un petit cercle... Lire la suite › Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Ecrire pour exister malgré tout,
Par MAUROUARD Chantal "channe01" (France Normandie) - Voir tous mes commentaires (TOP 500 COMMENTATEURS) (TESTEURS) (VRAI NOM)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ecrivains (Broché)
Antoine Volodine décline l'acte d'écrire à travers 6 portraits d'écrivain. Des écrivains de la résistance à l'ennui de la vie, des écrivains en survie au delà de la mort du réel ou de la mort des rêves. Ce qui est bien avec Antoine Volodine, c'est que le lecteur doit s'engager dans la lecture pour s'approprier, à sa façon, ce qui lui est proposé. Chacun de nous peut donc avoir plusieurs lectures de Volodine, selon notre humeur, notre état d'esprit, nos convictions. Cette lecture nous apporte aussi, tour à tour, une perfusion de sens ou de non sens pour survivre, un coup de pied pour remuet la fourmilière de nos errances. J'aime à me remettre en question avec les mots de Volodine. Et là, à travers ces portraits d'écrivains, j'y trouve mon conte. Mon compte.Touchée au vif, j'ai envie de lire chaque phrase à haute voix. Volodine, je vois les images, les prisonniers qui tentent d'écrire dans leur mémoire. Qui ressassent les mots. Un grand sourire au centre du livre avec "remerciements". Le lire à haute voix, c'est partager plusieurs éclats de rire en pensant à tous ces remerciements qu'on lit, surtout dans les ouvrages anglosaxons. Et puis l'émotion. Les mots qui serrent la gorge quand l'écrivain évoque ses peurs, l'absence d'avenir, le néant qui l'entoure. Un écrivain pour qui l'acte d'écrire est une respiration dont il ne peut se passer. Un écrivain pour qui l'acte d'écrire, quoi qu'il écrive, est un manifeste. A lire pour un supplément d'âme Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
A l'encrier de la rage,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ecrivains (Broché)
Six portraits minutieux d'écrivains imaginaires sous la terreur, sur la ligne blanche. Beauté tragique des déchirements de ce monde. Volodine écrit et n'écrit rien, il invente et n'invente rien. Penser qu'il s'agit du 20ème et des pays de l'Est nous permettrait de souffler quelques instants mais ce qu'il écrit, ce que ses écrivains écrivent, se passe aussi ici et maintenant. Passé, présent, avenir, ici, là-bas, exostisme, post-exotisme !Je lis en ce moment Tchétchénie, le déshonneur russe de Anna Politkovskaïa avec l'impression qu'il s'agit d'un septième narrat de Volodine. Quel souffle ! Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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