Avec le shakespearien "Batman 2, le défi" et l'iconoclaste "Mars Attacks", c'est mon film préféré de Burton - ou du moins l'un de ceux qui m'ont le plus marqué, tant la liste des "films préférés de Tim Burton" est sujette à variations et repentirs. Quel gageure que de mettre en scène la vie d'Ed Wood, sacré "pire cinéaste de tous les temps", petit maître des effets spéciaux bidouillés et de la réalisation catastrophique ! Tim Burton réussit cependant à rendre chaque minute de ce film passionnante, en suivant cet homme dont le seul rêve est de faire du cinéma. Car cet amour démesuré pour le 7ème art anime aussi bien l'un comme l'autre réalisateur. Ed Wood, avec sa tendresse pour les "monstres" quels qu'ils soient - monstres des films d'horreur, monstres de foire, monstres sacrés sur le retour (Bela Lugosi, alias "Dracula"), travestis - trouve des échos évidents dans l'amour de Burton pour les anciennes stars de la Hammer (Vincent Price entre tous), les personnages marginaux et décalés (Edward Scissorhands, etc.), la formation d'une "famille de cinéma"... Cet amour pour le cinéma éclate dans le film de manière communicative, chaque espoir, chaque effort de Wood (magistral Johnny Depp comme envahi par la ferveur dans un jeu proche du film muet)trouvant une résonance, venant se répercuter en nous. Martin Landau, acteur hitchcockien ambigu, ancien professeur de Jack Nicholson, interprète avec un mimétisme hallucinant un Bela Lugosi héroïnomane et agonisant, et Sarah Jessica Parker joue parfaitement la petite amie large d'esprit devant les excentricités de l'homme qu'elle aime. L'ensemble dépasse finalement le dérisoire, et paradoxalement, à travers le rire, atteint une justesse désarmante et une émouvante grandeur.