Hanns Eisler est né en 1898 à Leipzig, Allemagne. En 1901, la carrière de son père, philosophe, amena la famille Eisler à quitter Leipzig pour Vienne (Empire austro-hongrois). Hanns Eisler grandit dans un environnement où la musique et la littérature jouaient un rôle central. En 1916, Eisler fut mobilisé dans l'armée austro-hongroise. Revenu à Vienne après la fin de la guerre, il étudia de 1919 à 1923 avec Arnold Schönberg (1874-1951), et fut l'un des premiers, sinon le premier, de ses élèves qui adopta la technique dodécaphonique pour sa Sonate pour piano Op. 1, dédiée à son professeur. C'est à partir de son installation à Berlin en 1925 qu'Eisler s'éloigna de Schönberg, et de cercles musicaux qu'il jugeait « embourgeoisés », sans modifier toutefois radicalement son style de composition, mais en ajoutant à sa palette des formes musicales populaires influencées par le jazz et le cabaret, ainsi que des chansons militantes. Hanns Eisler se rapprocha du Parti Communiste Allemand (KPD), dont il ne ne sera toutefois jamais membre, et c'est dans ce contexte que débutera sa collaboration avec Bertolt Brecht, lui-aussi « compagnon de route » du KPD. Dès 1933, la musique d'Eisler et la poésie de Brecht furent bannies par le régime nazi qui venait de s'instaurer en Allemagne, et Eisler, après avoir séjourné à Paris, à Svendborg et à Londres, trouva refuge en 1938 aux Etats-Unis, où il retrouva Brecht et d'autres réfugiés allemands. Eisler continua à composer, principalement de la musique de chambre et des mélodies, mais aussi sa monumentale « Deutsche Symphonie » ; il enseigna tout d'abord à la New School University de New York puis, peu de temps avant le début de la Seconde Guerre mondiale, déménagea pour Hollywood, où il composa également des musiques de film. Dès le début de la « guerre froide », Hanns Eisler fut inquiété par la « Commission des activités non-américaines » et fut, avec trois cents producteurs, auteurs, scénaristes, acteurs et artistes divers, inscrit sur la liste noire du cinéma américain et interdit de travail. Son frère Gerhart, accusé d'être un agent à la solde de l'Union Soviétique, fut, quant à lui, condamné à trois ans de prison. En dépit du soutien que lui accordèrent Igor Stravinsky (1882-1971), Aaron Copland (1900-1990) et Leonard Bernstein (1918-1990), Hanns Eisler fut de cet fait, tout comme Bertolt Brecht ou Charlie Chaplin, contraint de quitter les États-Unis en 1948 (« le coeur fendu », écrivit-il alors), et il s'installa finalement à Berlin-Est (Berlin), Secteur d'Occupation Soviétique (Allemagne). Il continua à composer, et enseigna la composition, en compagnie de Rudolph Wagner-Régeny (1903-1969), au conservatoire « Hochschule für Musik » fondé en 1950 à Berlin-Est, République Démocratique Allemande (RDA) - également appelée à l'époque en Occident « Allemagne de l'Est » - institution prestigieuse en raison la qualité de son enseignement qui fut dénommée « Hochschule für Musik Hanns Eisler » en 1964, mais qui sera « débaptisée », déclassée puis rebaptisée « Musikgymnasium Carl Philipp Emanuel Bach » en 1991, après la réunification allemande... Un des projets les plus chers d'Eisler à cette époque, un opéra sur le thème de Faust, fut toutefois attaqué sous le prétexte « qu'il déformait l'oeuvre du Grand Poète allemand Goethe », et l'oeuvre ne fut jamais achevée. Il est mort en 1962 à Berlin-Est, RDA (Allemagne).
Hanns Eisler est l'un des compositeurs allemands les plus importants du vingtième siècle, qui est à (re)découvrir ; parmi ses oeuvres majeures, on peut noter trois Sonates, une Sonatines et des pièces pour les enfants pour piano, une Sonate pour violon et piano, un Duo pour violon et violoncelle, le « Prelude and Fugue on the Name of BACH » pour Trio à cordes, une Sonate for flûte, hautbois et harpe, un Quatuor à cordes, un « Divertimento » pour Quintette à vent, le Quintette « Fourteen Ways to Describe Rain » pour flûte, clarinette, violon/alto, violoncelle et piano, deux Septuors pour flûte, clarinette, basson, deux violons, alto et violoncelles, un Nonette pour flûte, clarinette, basson, cor, deux violons, alto, violoncelle et contrebasse, un Nonette pour flûte, clarinette, basson, trompette, percussions, trois violons et contrebasse, une Symphonie de chambre, huit Suites et « The Long March » pour orchestre, une « Petite Symphonie », la « Deutsche Symphonie » pour récitant, solistes, choeur et orchestre, les musiques de scène des pièces « Die Maßnahme », « Die Mutter » et « Schweyk im Zweiten Weltkrieg » de Bertolt Brecht, l'Hymne National de la RDA « Auferstanden aus Ruinen », plusieurs Cantates profanes et le Requiem « Lénine », de la musique chorale, plusieurs recueils de Mélodies, dont le « Woodburry Liederbuch » et le « Hollywood liederbuch », notamment sur des textes de Johann Wolfgang von Goethe, de Friedrich Hölderlin, d'Eduard Mörike et de Bertolt Brecht, des musiques de film, dont celle de « Hangmen Also Die » de Fritz Lang, « None but the Lonely Heart » et « The 400 Millions » de Joris Ivens, « Le Grand Jeu » de Jacques Feyder, La « Vie est à nous » de Jean Renoir, « Nuit et brouillard » d'Alain Resnais, « Les Sorcières de Salem » de Raymond Rouleau ou « La Rabouilleuse » de Louis Daquin, ou bien encore des chansons engagées comme la « Solidarity Song », ou la « Ballad of Paragraph 218 » écrite en protestation contre l'interdiction de l'avortement par la République de Weimar.