De Cristóbal de Morales (1500-1553) au délicat "Laudate Dominum" de Juan Pujol (1573-1626) se déploie ici un panorama de l'art polyphonique de la musique religieuse espagnole au Siècle d'or, influencée par l'esthétique flamande et caractérisée par une sensualité expressive propre au motet de la Renaissance ibérique.
Des maîtres de chapelle comme Rodrigo de Ceballos (c1530-1591) ou Sebastián de Vivanco (c1550-1622) ne sont pas oubliés de cette anthologie, mais c'est bien le prééminent génie universel de Tomás Luis de Victoria qui domine légitimement le programme de ce double-album, avec ces chefs d'oeuvre que sont le "Salve Regina" pour deux choeurs, l'incandescent "Magnificat" (ici chanté par contre-ténor, trois ténors et cinq basses) ou le térébrant "Ave Maria" soutenu par les sacqueboutes.
Même si la finesse vocale, la transparence contrapuntique ou l'intensité fervente des Tallis Scholars ou du Gabrieli Consort ont depuis marqué la discographie de ce répertoire, l'approche chaleureuse et franche que défendait le Pro Cantione Antiqua dans les enregistrements de 1978 ici réédités invite à une écoute généreusement reconnaissante, culminant dans les pages éloquentes de Francisco Guerrero (1528-1599).
Les voix de James Bowman, Ian Partridge, Paul Elliott et des autres solistes masculins de la vaillante équipe anglaise brossent un lumineux velours, expriment une richesse d'intonations, incarnent une plénitude lyrique que l'on doit nostalgiquement savourer en contraste avec la mode stylistique plus éthérée qui semble aujourd'hui prévaloir dans l'interprétation de cette musique.