1987. Après un précédent album qui nageait déjà en plein revival 70's (entre les Doors et Led Zep), The Cult enfonce le clou avec le bien nommé « Electric », en se focalisant sur la partie dure, de la 1ère moitié de la musique de cette époque. En réalisant un disque Heavy aux antipodes des shredders, du Heavy-Metal, du Hard-FM, du Hard US (ou Hair-Metal), en vogue à l'époque, The Cult prend tout le monde par surprise. Leurs fans de la 1ère heure y compris, car toutes traces d'un Rock dit « Héroïque », « gothique », ou même New-Wave, ont été effacées. Ici, il n'est question que de Rock brut, lourd et primaire, allant à l'essentiel (Less is more). C'est parfois minimaliste (« Peace Dog »). Un rock carré sans aucune fioriture, (sans même une note esseulée d'Hammond ou d'harmonica en intro), exception faîte du tambourin du chanteur, Astbury, que l'on peut percevoir de temps à autre, en tendant vraiment l'oreille. Juste guitare, basse, batterie, chant et sueur. The Cult a troqué les bijoux en breloque et les chemises Paisley contre le cuir ; le look « London-hippie-gothique » contre une imagerie biker américain (la métamorphose sera complète lors de la promotion de l'album).
Un Heavy-rock simple qui privilégie avant tout l'efficacité, avant des riffs « rentre-dedans » de Billy Duffy. Des riffs déballés avec aplomb, assurance et fierté, par une Grestch White Falcon (donc pas loin du Malcom Young des 70's). Le son est lourd, pesant, mais dans une optique 70's et non 80's ; c'est-à-dire qu'il se siturait plus entre un Page, un Lobby Lyodd, un Leslie West, un Nugent, un Iommi, que vers un Kerry King (par exemple). Un son coincé entre une fuzz gonflée assez grave (Big Muff) et une overdrive naturelle de vieux double-corps Marshall.
Alors, bien sûr, ici ou là, il y a quelques plans piqués aux ténors du genre ; ainsi il y a du Cream dans « Aphrodisiac Jacket », tandis que « Love Removal Machine » a pompé le riff de « Start me up », et « Wild Flower » nous ramène au AC/DC de 76-77.
Au chant, Ian Atsbury pourrait être le fils caché de Jim Morrison (physique y compris), tant sa voix possède des similitudes (bien que moins puissante, et plus rauque/rock) ; mais dans un registre qui a abandonné les vapeurs rock psychédélique au profit de la fournaise d'un Rock nettement plus lourd et direct. Un rock bestial (?), frôlant parfois le stéréotype, mais magnifié par une foi, une innocence, une authenticité à faire pâlir bon nombre d'apprentis Rockers. Un Classic-rock burné qui a des senteurs de sleaze.
Le tandem, Ian « Mystic » Atsbury et Billy « Working Class Killer Riffer » Duffy, flanqué d'une rythmique crue et solide, fait feu de tout bois.
Paradoxalement, c'est une unique reprise, l'hymne « Born to be Wild », de Steppenwolf, qui se présente comme le point faible (pourtant beaucoup se sont extasiés devant cette version, au solo pénible).
Il y a quelques points communs avec
Zodiac Mindwarp & the Love Reaction, paru un an après (avec une production, plus léchée), qui comporte d'ailleurs la même reprise.
L'album fut produit par Rick Rubin (Bestie Boys, Run DMC, Slayer, the Four Horsemen, Danzig, RHCP, SOAD, J. Cash, Audioslave), assisté par George Drakoulias (Black Crowes, Jayhawks, Maria McKee, Tom Petty, Reef, Susan Tedeschi).
P.S. : Pour la petite histoire, initialement cet opus devait s'intituler « Peace ». Mais à l'écoute de leurs bandes, le groupe, les trouvant trop molles, trop cleans, changèrent de producteur, et réenregistrèrent intégralement leurs compositions. Ces enregistrements initiaux, rebaptisés « Manor Sessions », seront édités plus tard avec le coffret
Rare Cult Demo Sessions 86-91 Boxset.