Le son d'
Electro-Shock Blues, successeur de l'intriguant
Beautiful Freak, est le reflet d'une année au cours de laquelle le leader du groupe, Mark "E" Everett, a subi la perte de sa soeur qui s'est suicidée, ainsi que la maladie de sa mère, entre autres tragédies. Le sombre murmure de la musique et le chant sérieux d'E sont souvent plus convaincants que ses paroles, qui semblent sorties de son journal intime. Il y a toutefois une certaine audace à décrire la maladie dans cette ambiance de pop alternative, qui rappelle tout, depuis le hip-hop jusqu'à Tom Waits.
--Rickey Wright
Il convient dès le début de dissiper un malentendu :
Electro-shock blues, plus qu’un album est plutôt un journal intime musical. Après avoir perdu sa sœur, sa mère, et plusieurs tentatives de suicide, E a couché sur la surface de ce CD ses craintes, ses questions, ses souffrances. Le tout s’écoute comme une histoire vraie macabre, un drame du quotidien. L’album s’ouvre (
« Elizabeth on the Bathroom Floor ») sur un cadavre allongé sur le froid carrelage d’une salle de bain. Un chat lèche les poignets ensanglantés de la sœur, qui a préféré dormir pour toujours. Plus tard aux funérailles (les premières, car il y en aura d’autres), les gens jettent quelques fleurs (
« Going to your funeral ») sur une boîte. Le malheur continue avec le cancer de la mère du chanteur qui viendra peut-être guérir ce mal de vivre pendant que grand-père regarde des pornos (
« Cancer for the cure », morceau industriel
). Petit à petit, la folie s’installe durablement (
« My descent into madness »), avec ses sautes d’humeur (
« 3 speed »), sa nourriture d’hôpital droguée (le jazzy
« Hospital food »), son blues post-traumatique (le magistral
« Electro-shock blues »).
Que faire ? Chercher dieu (
« Efil’s God »)? Fuir (
« Last town this town »)? Faire un enfant pour conjurer la mort qui rôde toujours (
« Baby Genius ») ? S’enfoncer définitivement dans la folie (
« Climbing to the moon ») ? La réponse est au bout du tunnel après une ultime épreuve (
« The medication is wearing off ») : vivre ! Le titre qui clôt le disque,
« Ps : You rock my world », qui
est une lettre ouverte d’amour et une déclaration optimiste, va d’ailleurs dans ce sens. Comme – paradoxalement – ce dessin de la pochette représentant une tombe où l’on peut lire «
tout change ».
Certains trouveront insoutenables ces confessions et témoignages appuyés, d’autres y trouveront un réconfort minimaliste et magnifique. Un album génial en tout cas, qui reprend un postulat fort d’
American Beauty (à la B.O. duquel le groupe a participé) : la beauté et la vie se cachent là où on ne les attend pas.
Damien Waltisperger - Copyright 2012 Music Story