11 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Impossible studio, 19 mai 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Elektra / Modi / Varnay / Hillebrecht (CD)
Elektra est un opéra dont il n'existe aucun enregistrement satisfaisant en studio : il a besoin de la scène, de la tension, de l'enchaînement sur la durée. Ce soir là, à Salzbourg, les chanteuses étaient fatiguées (rappelons que cette oeuvre nécessite avant tout trois chanteuses hors-norme), mais présentes. Elle se défendront jusqu'au bout, les voix sont parfois rauques (les dernière notes de Mödl sont hallucinantes), le timbre éraillé, mais la tragédie est là. Tout le monde est là pour servir cet opéra ultime en son genre, à la fois dans la carrière du compositeur et dans l'histoire de l'opéra. On est à la limite du chant ; ça tombe bien, les chanteuses sont à leurs limites et elles donnent tout. Cette soirée unique est véritablement anthologique, ne serait-ce que pour prendre consience de la fadeur de trop de prestations passées ou à venir. On ne peut pas écouter un tel enregistremet tous les jours, il est trop remuant, mais on ne saurait prétendre connaître Elektra et la "période noire" de Richard Strauss en faisant l'impasse sur ces disques.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Noblesse de Karajan, 29 juin 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Elektra / Modi / Varnay / Hillebrecht (CD)
Cet enregistrement réalisé au Festival de Salzbourg le 17 août 1964 compte parmi les plus célèbres versions d'Elektra, sans avoir tout à fait la gloire de Reiner-1952 ou de Mitropoulos-1957. La date permettrait en tout cas d'espérer une plus grande perfection sonore; en fait, le son est assez satisfaisant, sans plus, il est homogène, mais c'est tout de même du mono. On s'y habitue assez vite.
Karajan n'a jamais eu un goût particulier pour l'avant-garde, même du début du XXe siècle, il allège un peu la crudité et la cruauté de l'orchestre, particulièrement au début. En revanche, il donne à Elektra la finesse, l'élégance, mais ce mot est réducteur, il peut signifier superficialité, disons la noblesse, que d'autres lui avaient déniées. Les Wiener Philharmoniker le suivent très naturellement dans cette orientation.
Varnay en 1964: c'est évidemment bien tard pour elle, des soirées plus anciennes témoignent mieux de son art. Observons toutefois qu'Elektra, cette écorchée-vive, se satisfait bien mieux que d'autres personnages des voix écorchées par l'abus des rôles lourds. Elle reste impressionnante dans le rôle et elle l'incarne, c'est l'essentiel, avec autant de vérité qu'au début des années 50. Martha Mödl, elle, a une voix bien fatiguée depuis très longtemps; pourtant, sa diction est remarquablement claire (ce n'est pas le cas de Varnay) et sa Klytämnestra est d'une autorité, d'une violence impérieuse, qui ne donnent pas envie de discuter de technique vocale, tant on est convaincu. En faisant des comparaisons, Regina Resnik, à l'époque, était plus variée, sans avoir peut-être autant de sauvagerie instinctive.
Hildegard Hillebrecht est moins convaincante en Chrysothémis. Une certaine pesanteur vocale l'éloigne du personnage de la jeune fille, c'est plutôt une femme, une femme insatisfaite et névrosée, dont la voix pleurniche de façon pénible au début; quand elle apprend la mort (supposée) d'Oreste, c'est évidemment davantage en situation. Dans l'ensemble, on n'a pas ce personnage qui fait contraste avec sa soeur par sa santé mentale, du moins son aspiration à une vie accomplie. James King est un Aegisth plus viril, moins caricaturé que d'autres et cette orientation ne gêne pas quand elle est bien défendue, ce qui est le cas. Mais l'Orest d'Eberhard Waechter manque un peu de présence. L'orchestre décore et dore de majesté l'apparition de ce personnage, on attend donc beaucoup et je ne trouve pas que cet Oreste emplisse complétement le costume que Strauss lui a taillé.
En dehors des mérites ou des insuffisances des participants, la continuité, qui dépend d'abord du chef, suffit à donner à cette Elektra une grande dimension dramatique, jamais obtenue aux dépens de la dignité.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non