Richard Strauss, "Elektra", Mitropoulos, Salzbourg, 1957, 2 CDs Orfeo.
Dirigée comme on sculpte ou comme on cisèle, par un Mitropoulos qui fait la différence entre fièvre et agitation, violence et désordre, et qui a l'instrument pour le faire, le Wiener Philharmoniker, cette "Elektra", toujours musicale, toujours chantée, jamais hurlée comme elle l'est si souvent, est une des plus enthousiasmantes versions qu'on puisse entendre, incarnée au sens le plus fort du mot par Inge Borkh, tour à tour froide, triste, cynique, haineuse, désespérée, attendrie. Unique !
Face à elle, une Clytemnestre qui fait froid dans le dos (Jean Madeira), et la plus féminine, la plus séduisante des Chrysothémis, Lisa della Casa, biche égarée au milieu des hyènes et des louves, moins terre à terre peut-être que le rôle ne le suppose, mais qu'importe, elle est irrésistible de lyrisme et de beauté. Quelques réserves pour l'Oreste brutal et monolithique de Kurt Böhme, mais pas pour l'Egisthe de Max Lorenz, veule, médiocre et rampant à souhait.
En résumé, et sans oublier un exceptionnel groupe de servantes parmi lesquelles se trouvent Sieglinde Wagner et Marilyn Horne, avec ce chef hors pair et ces trois cantatrices aussi différentes et aussi complémentaires que possible au service d'une oeuvre qui demande tout d'elles, et où elles donnent tout, une "Elektra" vertigineuse.